CONTACTS ET GLISSEMENTS
Le toucher comme expression d'une dérive morbide dans le générique de Dexter

Par Françoise Marchand
Générique & Cinéma, texte inédit, Février 2010

’"Il n’est plus qu’une plaie ; son sang coule de toutes parts ; ses muscles, mis à nu, apparaissent au jour ; un mouvement convulsif fait tressaillir ses veines, dépouillées de la peau ; on pourrait compter ses viscères palpitants et les fibres que la lumière vient éclairer dans sa poitrine. " (1)

"Ne pas toucher" lit-on dans les musées, "Arrête de toucher à ça" dit un parent à son enfant lorsque celui-ci pose la main sur un objet fragile, "Arrête de te toucher" dit toujours ce même parent lorsque son enfant pose les mains sur son corps et semble y trouver un plaisir infini.
"Toucher" : se faire plaisir au contact, à l'effleurement, aux sensations qui se répandent sur notre épiderme, frissonner de bas en haut, poser sa main au creux du cou et sentir se diffuser jusqu'à la plante des pieds une vague intense qui nous transporte, nous emporte. Caresser, masser, palper, frôler a de tous temps été un antidote au marasme, un remède à la dépression. Ce n'est pas un hasard si certaines cultures ont instauré l'art du massage comme un prélude au bien-être.
Deux approches qui s'opposent : interdire le plaisir d'un côté (comment ressentir la beauté d'une poterie dans un musée si on ne peut la toucher ?), le provoquer de l'autre car il est source d'apaisement.
Le toucher est celui de nos cinq sens qui est le plus censuré car il fait appel à des fonctions archaïques. C'est une sensation primitive (c'est chaud/c'est froid, ça pique/c'est doux…) qui nous permet de percevoir notre environnement immédiat, d'être "en contact" avec le monde. C'est une expérience sensorielle qui nous en apprend autant sur nous que sur ce qui nous entoure. Car si le nourrisson lui-même est capable d'évaluer l'intensité d'une sensation, d'une émotion, que dire d'un adulte dont la capacité d'analyse introduit en plus la notion de représentation, voire de fantasme.
Toucher, c'est parler avec les mains. C'est faire entrer dans notre perception du monde la notion de l'intime. Se rapprocher pour se frôler, se toucher pour être touché. Notre peau agit comme un récepteur, une interface entre l'extérieur et l'intérieur : on accepte ou pas dans notre bulle d'intimité la peau de l'autre car elle contient les effets de tous nos autres sens, d'où l'importance de cette notion de contact. En effet, la peau peut avoir un goût (sucré, acide…), une odeur (agréable ou pas), un aspect visuel séduisant ou répulsif (on parle parfois du velours d'une peau ou d'une peau de crocodile…), notre oreille peut réagir au son "râpeux "ou "soyeux" d'une caresse. Ainsi en étant le support aux effets de nos cinq sens la peau concentre à elle toute seule un grand pouvoir sensuel qui lui confère un haut pouvoir érotique.
Et c'est l'ultime ambiguïté de ce mot : on peut toucher (contact) sans être touché (émotion) ou l'inverse. Raison pour laquelle dans une relation amoureuse l'épiderme de l'autre agit contre le nôtre comme les pôles + et - d'une pile. Le courant passe ou pas. "L’autre est celui que je touche et avec lequel je fais quelque chose qui me touche."(2)
Ne pas être touché est bien la problématique de Dexter, ce personnage de la série américaine éponyme. Dans les deux sens du terme. Il n'aime pas le contact de ses semblables et il ne ressent aucune émotion.

1 - La série

Dexter est une série télévisée américaine créée par James Manos Jr d'après le roman de Jeff Lindsay, Ce cher Dexter. Dexter Morgan exerce la profession d’expert en taches de sang sur les scènes de crime à la division criminelle de la police de Miami. Transparent, isolé dans son laboratoire, le personnage ne brille pas par son charisme. Pourtant sa spécialité est de la plus haute importance car, en analysant les taches et les projections de sang, Dexter peut déterminer les déplacements de la victime et de son tueur. Il précise également la position du tueur au moment de son acte. Mais Dexter est un introverti. Il faut lui arracher les mots quand il parle et il marque toujours un temps d'arrêt avant de répondre à une question. Impassible en toutes circonstances il n'est un compagnon ni agréable ni désagréable pour ses collègues. Seule sa sœur, Debra Morgan, qui travaille dans le même commissariat (elle est sergent) arrive à entrer en contact avec lui. Cette insignifiance portée à l'art de la fuite constitue pour Dexter une couverture parfaite car l'homme se révèle être un tueur en série. Les épisodes successifs de la série nous apprennent les raisons de ce comportement et nous font comprendre le personnage peu à peu. Un drame vécu dans son enfance (3) a fait de lui un être dénué de toute émotion. Dans la vie de tous les jours Dexter ne ressent rien, n'éprouve rien. Le seul moment où il éprouve une émotion est lorsqu'il a repéré sa proie, l'intensité monte lorsqu'il la piste, la séquestre et l'explosion de jouissance n'arrive qu'au moment où il la tue. Toucher ou être touché pour Dexter c'est tuer. La vue du sang a chez lui des vertus euphorisantes. Immédiatement après, le vide se réinstalle et Dexter fait disparaître les traces de son forfait avec une froide détermination et une indifférence diabolique.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, Dexter n'est pas un flic doublé d'un justicier (comme Charles Bronson, Paul Kersey dans la série "Les justiciers dans la ville"), c'est un tueur en série qui se cache derrière l'image d'un flic vertueux (4). A priori, pas de quoi le rendre bien sympathique. Et pourtant, au fil des épisodes, l'auto-analyse du personnage (en voix off et monocorde) finit par nous intriguer. A défaut d'être agréable Dexter soulève un certain intérêt. Celui qu'un scientifique porterait sur un spécimen rare.
La série débute par un générique fait d'une succession de plans correspondant au début d'une journée. Du réveil de Dexter à son départ pour son travail on assiste, en plusieurs séquences, à une série de gestes si précis, si rigoureusement mathématiques que l'on ne peut penser qu'à un rituel. Tout nous pousse à imaginer que chaque jour, le personnage accomplit ces actions dans cet ordre exact et tout semble tellement établi, cadré, que l'homme nous apparaît comme une machine bien réglée, chronométrée, efficace. Il n'y a jamais un geste égaré, une hésitation, un ralentissement. Chaque image nous apporte le témoignage d'une vie obéissant à un protocole quotidien. Cette entrée en matière précise ainsi, dès le départ, qu'en dehors une organisation parfaite, la vie de Dexter n'est qu'un immense fouillis. Le rituel comme exorcisme à une enfance massacrée.

2 - La méthode

Observer, décortiquer, déconstruire c'est casser l'ordre établi. C'est chercher la faille qui pourrait introduire une notion de fragilité, donc d'humanité dans ce personnage dont on ne découvre le visage qu'à la fin du générique. Le "séquençage" des images nous oblige à jouer les entomologistes, Dexter devient un "spécimen" scientifique dont les rouages cérébraux ne demandent qu'à être étudiés au risque de détruire le bel équilibre de l'individu. On ne pratique pas l'introspection sans prendre de risques et la seule façon de comprendre c'est de creuser. Aller de la surface un peu glacée des images au centre de ce qu'elles expriment. Pour percer le mystère Dexter il va falloir le percer, le transpercer, peut-être même l'écorcher. Ne pas s'arrêter à la surface, découvrir la sous-face, montrer ce que Dexter met tant de talent à nous cacher. Bref, pour lui "faire la peau", le dépecer, il va bien falloir entrer en contact avec.
Le générique se décompose en 10 séquences, chaque séquence comporte une ou deux sous séquences. Chacune d'entre elles peut se caractériser par des verbes qui donnent le ton et nous éclaire sur la manière dont Dexter fonctionne (5). Toutes les images sont en très gros plan. On va ainsi directement au cœur du sujet. Pas d'approche séductrice, pas de fioritures, l'intimité du personnage nous est dévoilée de manière un peu abrupte. Pas de préliminaires pourrait-on dire, la pénétration est brutale. Et les premières images en focalisant sur un avant-bras nous oriente sans détour sur ce qui est considéré comme l'organe le plus grand du corps humain : la peau. Enfin, si l'on recense les verbes qui correspondent à chaque séquence (percer, écraser, frotter, couper, trancher, briser, casser, éclater, presser, étrangler, resserrer, frotter, glisser, se retirer) on se rend compte très vite qu'entrer en contact avec Dexter ne peut se faire qu'au prix d'une grande violence.

3 - Le rituel

3.1 Séquence "Moustique"

Un insecte en gros plan a toujours quelque chose de monstrueux. Lorsque son abdomen est gonflé de sang, il devient en plus inquiétant. Le bras sur lequel cet insecte est posé est si près de nos yeux qu'il pourrait nous appartenir ou être celui de notre compagnon. Une chair tendre, aimée, douce au regard et dont les poils soyeux, aériens invitent à la caresse. Il y a de la légèreté malgré la pénombre, une envie de poser la main pour remonter jusqu'à la naissance de l'épaule qui se devine, ronde, rassurante en arrière plan.
Mais l'insecte est là, juste sous nos yeux, au premier plan. Intrus dans cet univers de petit matin calme. Posé dans la forêt duveteuse d'un avant-bras à peine éclairé par une lumière rasante. Il aurait pu rester à la "surface" des choses, ou s'envoler, mais il assume sa raison d'être à ce moment précis et à cet endroit là, il transperce la peau de Dexter et signe par cet acte de vampirisme son arrêt de mort.
Car depuis quelques secondes, Dexter l'observe. A l'affût, il guette sa proie, il attend la faute et lorsqu'elle est commise, sans états d'âme, il écrase d'un geste rapide de la main, l'insecte qui ne venait de se rendre coupable que d'une chose : se gaver de sang en pompant celui d'un autre. De son bref passage sur le bras de Dexter, l'insecte ne laisse qu'une tache rouge, coquelicot sur champ de blé qui fait naître un sourire sur les lèvres du personnage.
Cette première séquence, dans l'évocation de ce monstre sanguinaire donne dès le départ la tonalité de la série. Tonalité dans ses acceptions multiples : colorée, sonore, psychologique.
- Couleurs : Beige dorée de la chair, noir de l'arrière plan et des pattes de l'insecte, rouge de l'abdomen de l'animal et de la tache de sang. Noir, rouge et or : 3 couleurs d'un blason placé sous le double signe de l'érotisme et de la violence.
- Sonore : musique répétitive que l'on retrouve à chaque moment de la série où Dexter commet ses crimes et lorsque sa voix (off) résonne comme un questionnement lancinant.
- Psychologique : Dexter est un homme patient, à l'affût, il attend qu'une faute soit commise pour faire parler son sens de la justice. Car Dexter ne punit que ceux qui se révèlent coupables d'un acte monstrueux et impuni.
Le visage qui se devine en arrière plan (flou) est révélateur de l'état émotionnel de Dexter. Rien ne s'y lit, car Dexter ne ressent rien. Dénué de toute émotion il attend l'instant où dans son psychisme malade deux choses vont se percuter : le constat d'une faute et son besoin de tuer.

Cette première séquence, en forme de prologue s'achève par l'annonce du titre de la série. Sur un fond qui rappelle la couleur de la peau et ombré jusqu'au noir, le mot DEXTER apparaît en lettres de sang. Du fond poreux des gouttes suintent et s'étalent en bavant.
En bas à droite de ce qui pourrait être une signature, une goutte de sang tombe pour ponctuer définitivement le paraphe inquiétant. Dexter est ainsi, le sang frais aliment sa vie. Tel le moustique précédent, monstre vampire qui s'abreuve à la chair qui s'offre à lui en le piquant, Dexter ne survit qu'en plantant son couteau dans celle de sa victime.

Qui est-il donc cet homme énigmatique ? Rien pour l'instant, ni personne. Le cadrage très rapproché ne permettant par l'identification, le mystère reste entier et le début de la 2ème séquence ne nous en dira pas plus.

3.2 Séquence "Rasage"

Debout devant un miroir Dexter relève la tête mais l'utilisation du flou introduit deux notions : l'insécurité et le fantasme. L'insécurité car on ne sait toujours pas à qui on a affaire. Cette myopie cinématographique est d'autant plus troublante que le personnage est devant un miroir symboliquement censé révéler les choses. Si l'on voulait nous égarer, c'est réussi. Rien, dans ces quelques images ne nous permet de nous repérer.
Un doigt apparaît alors. Enorme, humide qui glisse sur une peau hérissée de poils. Le doigt monte et descend, la peau s'humidifie, devient brillante. Cette lente caresse qui flirte avec l'obscénité fait basculer dans le fantasme : rêve de sexe humide et de frôlements, d'agacement également. Comme autant de petits dards qui percent la peau de l'intérieur, les poils deviennent agressifs, la peau se défend. Cette armée pileuse ne fait pas que se dresser en bataillon serré, elle crisse à nos oreilles, elle grince, elle irrite notre ouïe autant que notre vue.

La caresse se fait exacerbation et lorsqu'elle devient insoutenable, la caméra prend un brusque recul. Sur le cou de Dexter un liquide blanchâtre coule lentement, signe de plaisir porté à son point culminant.
De bas en haut Dexter passe alors délicatement un rasoir sur son cou. A gestes lents, précis, il recueille le gel, mais chez cet homme, rien ne se fait simplement. Sur la peau devenue glabre une perle de sang s'écoule lentement et vient s'écraser sur l'émail blanc du lavabo. Même une caresse chez Dexter se termine par une tache de sang. Comme le point après une signature, une dernière goutte vient ponctuer la scène comme dans la séquence du titre.

Pour empêcher le liquide de se répandre plus abondamment Dexter pose sur l'écoulement un petit papier absorbant. Couleur obsessionnelle, le rouge va envahir l'écran. Rouge sur blanc. Cela préfigure les plaquettes de verre sur lesquelles notre héros recueille une goutte du sang de ses victimes mais également la manière dont celui-ci s'écoule de la blessure qu'il leur inflige. En effet, Dexter enrubanne les corps dans du film plastique, le sang s'étale ainsi sans jaillissement. En recueillant une goutte de son sang, en s'appliquant à lui-même une méthode ritualisée, de quel crime impuni l'homme veut-il se rendre coupable ? S'assimile-t-il aux monstres qu'il traque ? Corps à la fois bourreau et victime ?
Tout porte à croire que Dexter entretient cette ambiguïté car tout au long des différents épisodes, après le rituel de la goutte de sang recueillie, on assiste à celui de la chair martyrisée.

3.3 Séquence "Viande"

Sortir la chair de son enveloppe pour mieux la lacérer. Lorsque Dexter s'apprête à exécuter une ses victimes il l'a au préalable déshabillée. Les vêtements interdisent le contact, ils protègent du regard et des agressions (froid, soleil, coups…). En se mettant nu on se fragilise, mettre à nu quelqu'un c'est révéler des mystères, c'est mettre à sa merci.
Dans cette séquence la "logique" du héros est respectée. Après l'hémostase il s'intéresse à la chair dans ce qu'elle a de plus triviale, autrement dit : il attaque la viande. Armé d'un couteau double pointe (dont c'est la fonction) Dexter sort un morceau de viande de son emballage plastique puis il va découper, trancher, lacérer. Lorsqu'il a poignardé sa victime Dexter fait de même. Il la sort de son emballage plastique et la découpe en morceaux. Cette chair triturée en gros plan, abandonnée dans sa fragilité, n'est pas sans rappeler le mythe de Marsyas (6) ou de certains tableaux d'écorché. Si c'est par la peau que se fait le contact, que se joue notre sensualité, le corps martyrisé devient alors une sorte de répulsif qui permet de lui dénier toute humanité.

Le Titien (Le supplice de Marsyas)

La peau comme support à ce découpage méthodique devient le lieu de caresses sadiques. Faire mal sans que cela saigne, c'est se déculpabiliser. Déshumaniser sa victime c'est se donner bonne conscience pour faire la différence. Plus rien ne peut arriver puisque toute vie semble avoir disparue de ce carré de viande crue qui s'offre à notre regard. Ne reste plus qu'à la passer sur le gril pour l'achever, lui faire rendre ses dernières traces de vie, la faire "suer" (7), lui faire rendre son jus, la faire "avouer". Ainsi pratique Dexter avec ses victimes. Lorsque cette dernière n'a plus rien à dire il lui fait rendre son dernier souffle en portant l'estocade définitive.

Cette séquence s'achève sur des gros plans d'une intimité troublante. Images de lèvres entrouvertes, une langue humide se dresse, un morceau de viande grillée est introduit dans la bouche. Les mouvements de mastication disent tout le plaisir qui émane de cet acte d'une sensualité gênante. On rejoint la notion de morsure, de léchage. Manger le corps de l'être aimé ou de son ennemi pour se l'approprier, se nourrir de sa force. Si Dexter ne va pas jusqu'à cet acte d'anthropophagie avec ses victimes, ces quelques plans nous rappellent que le toucher a besoin d'outils. Si les mains semblent l'évidence, c'est oublier que par leur contact sur notre peau, les lèvres et la langue sont d'une efficacité redoutable.
Ces quelques plans, malgré leur trivialité, déclenche une réaction épidermique. On peut être touché par ce que cela suggère ou choqué. Il n'empêche que l'évocation est directe, sans concession.

3.4 Séquence "Œuf"

Jusqu'à présent le personnage nous est apparu structuré, déterminé dans des actions qui se déroulent sous nos yeux de façon abrupte. Présence parcellaire du héros (un avant-bras, un doigt, le cou, la bouche), le contact se fait par le très gros plan pour nous éviter d'avoir un aperçu de l'être dans son entier. Vision rompue d'un individu dont l'enfance a éclaté, dont la vie émotive a été tuée dans l'œuf.
La fêlure du héros se manifeste dans les premiers plans de cette séquence par un gros plan sur une coquille fendue et par la main de Dexter qui finit d'écraser l'œuf au dessus d'une poêle. On assiste ensuite à un massacre en règle au couteau et à la fourchette. Fantasme de déchirure, de membrane traversée. Des giclées de ketchup jaillissent régulièrement comme si la "chair" de l'œuf était toujours vivante. Le métal tranchant et les piques des couverts sont définitifs. L'allusion aux outils utilisés par Dexter pour commettre ses crimes est directe, la seringue d'abord, pour endormir ses victimes puis le couteau pour les faire saigner (au moment où il recueille une goutte de sang pour ses plaquettes souvenirs). Métaphore de la chair martyrisée, l'œuf est dans ce générique le seul aliment qui semble saigner spontanément.


Ce symbole de la naissance du monde qui contient en germe la multiplicité des êtres est anéanti de façon violente, avec rage, comme si l'avenir était sans espoir. Mais l'œuf n'est pas que le symbole d'une création cyclique, il représente aussi le sein de la mère (8) d'où tout individu aspire à sortir. En brisant sa coquille le poussin exprime son besoin de connaître le monde. Ainsi fait l'enfant lorsqu'il affirme son besoin d'indépendance. Sauf Dexter, qui chaque matin, tue dans l'œuf toute possibilité d'épanouissement. Pour lui, la vie s'est arrêtée au moment où sa mère, comme l'œuf qu'il a dans son assiette, a été sacrifiée.
Le couteau qui tranche dans le jaune nous rappelle que chez cet homme tout contact se termine par un glissement, une fuite. On aimerait un arrêt sur image, une pause, une lente caresse mais la goutte de ketchup qui ponctue le dernier plan de cette séquence est éloquente. Rappel de la goutte de sang qui tombe en bas à droite de la "signature" (titre) et de celle qui tombe dans le lavabo (séquence "rasage").

3.5 Séquence "Café"

Réduit à rien le psychisme du héros a été écrasé, pressé. De ce moulinage forcené il va quand même falloir sortir quelque chose. Faire jaillir une étincelle d'énergie. C'est en refermant sa main sur le piston de la cafetière que Dexter va exprimer tout le lent travail de maturation qui s'est effectué dans sa tête depuis son enfance. En faisant glisser avec une tension extrême et une lenteur exaspérante le piston c'est toute la rage contenue de l'individu qui s'exprime. S'exprimer est pris ici dans sa double acception : rendre sensible par un signe, faire connaître et faire sortir par pression (9).
Le frottement du piston le long de la paroi de la cafetière nous est montré en très gros plan, comme la quasi-totalité de toutes les images de ce générique. L'allusion est à peine déguisée.

Ce lent glissement va ouvrir le reste du générique sur un rythme beaucoup plus vif. Le café, comme excitant basique va réveiller Dexter. Jusqu'à cette séquence les mouvements (sauf la main qui écrase le moustique) étaient retenus. Tendus à l'extrême mais pas précipités. Un rituel n'a d'efficacité que si les actes sont réfléchis. Il n'y a jamais d'automatisme puisqu'à chaque geste correspond une pensée. En ritualisant son petit déjeuner Dexter prépare son personnage avant d'entrer en scène, il se met en condition afin de pouvoir rejoindre le monde des gens normaux. Bref, il effectue les préliminaires.

3.6 Séquence "Orange"

Cette séquence est à elle seule la quintessence de tout ce qui précède. On y retrouve les très gros plans, les couleurs noir et rouge, le jaune (or) devenant orangé, la musique répétitive, lancinante comme un mouvement mille fois répété, et bien sûr, les deux éléments qui caractérisent les images depuis le début, la main de Dexter et le couteau double pointe.
Comme l'œuf, l'orange sera tranchée en deux. Comme le cou de Dexter lorsqu'il se rase, l'orange "saigne" quand sa peau est coupée (il s'agit d'une orange sanguine, aurait-il pu en être autrement ?), comme le café elle sera pressée. La main du personnage se resserre nerveusement sur le fruit et lui fait exprimer tout ce qu'il a dans les cellules. Gorgée de jus, l'orange rend tout ce qu'elle a pour finir à l'état de chair sanguinolente, abandonnée. Une fois de plus on touche au mythe de Marsyas on pourrait compter ses viscères palpitants et les fibres que la lumière vient éclairer dans sa poitrine. (Voir note 1).

Un érotisme teinté de sadisme apparaît également dans cette séquence : l'orange tranchée, ouverte se présente face à nous et le cône du presse-agrume s'enfonce lentement dans la chair humide et rouge du fruit. Puisque Dexter ne ressent rien comment pourrait-il ressentir quoi que ce soit lorsqu'il fait l'amour avec Rita ? Sa voix off qui effectue le bilan après l'action en dit long sur son état d'esprit. Content de lui, d'avoir fait illusion, Dexter se repose aux côtés de sa compagne comme tout mâle satisfait de ses performances. C'est drôle et cynique. (10)


3.7 Séquence "Fil dentaire"

Dans la séquence "Café" le rouge n'apparaît que parce que le générique est écrit dans cette couleur. Dans ce passage au rythme nerveux l'index de Dexter occupe tout l'écran et peu à peu, sous l'effet du resserrage d'un fil autour du doigt celui-ci va devenir écarlate. Strangulation d'un doigt qui rappelle les gestes d'un étrangleur se préparant à tuer sa victime en entourant la corde avec ses mains pour assurer sa prise.
La main est si près de nos yeux que l'on se résout presque à la voir nous toucher les lèvres, à s'introduire dans notre bouche pour nous faire rentrer les mots dans la gorge, pour faire taire en nous toute velléité d'expression. Curieusement, cette séquence très brève se termine par un très gros plan sur la langue de nouveau redressée de Dexter. Le parallèle entre le doigt turgescent du personnage et cette langue rouge vif contre laquelle frotte le fil dentaire nous ramène une fois de plus vers la problématique du personnage : toucher, glisser.

Glisser pour ne par s'arrêter, fuir pour éviter tout contact déstabilisant, pour ne pas être touché. Dexter ne reste d'ailleurs jamais bien longtemps au même endroit. Il glisse entre les événements et les individus. Insaisissable, intouchable également, car à part son médiocre sens de la vie en communauté, personne n'a rien à lui reprocher.
Curieusement cette séquence nous engage sur une fausse piste comme pour nous rappeler qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. Toute la violence retenue du personnage se manifeste dans sa relation à sa peau, au contact avec la chair. Le fil dentaire et les lacets de la séquence suivante introduisent une nouvelle notion : celle de piège.

3.8 Séquence "Lacet"

Les premières images reprennent les mêmes effets que dans la séquence du fil dentaire. Autour des doigts du personnage des cordelettes se resserrent avec une telle tension qu'elles donnent l'impression que les phalanges vont exploser. Les mouvements sont d'une telle rapidité qu'il est impossible de comprendre immédiatement de quoi il s'agit. Et là, on se sent pris au piège. Illusion d'être ligoté, garrotté sous l'effet de la surprise. Quelques plans sur une épaule nue, un avant bras aux muscles harmonieux, puis retour sur ce qui nous apparaît enfin comme des lacets, noués avec une telle vélocité, une telle nervosité qu'ils nous apparaissent comme des filets dans lesquels nous sommes tombés et dont nous n'avons aucune chance de sortir. Il n'aura fallu qu'une minute et douze secondes pour que le piège se referme.

Cette séquence s'achève sur le glissement d'un lacet dans l'œillet de la chaussure et par un mouvement brusque de tension. De nouveau le geste fait référence au geste fait par un étrangleur. Après avoir resserrer la corde il exerce une dernière tension comme pour s'assurer que plus un souffle ne peut sortir de sa victime ou comme pour évacuer définitivement l'émotion qu'il vient de ressentir. Nous, nous sommes tétanisés avec encore dans nos oreilles le bruit du frottement du lacet contre l'œillet, pore de métal sur une chaussure de cuir.

Après avoir étouffé en nous toute velléité de réaction Dexter peut se présenter. Il ne court plus aucun risque. Touchée par ces contacts, ces frottements, la peau nous démange. Agacé par tous ces effleurements, ces frôlements nous sommes sur le fil du rasoir. Se détourner du personnage maintenant serait renoncer au plaisir ultime. De fait, ces huit premières séquences n'étaient qu'une mise en condition, une invitation à le suivre dans ce jeu où l'esprit s'égare mais où les sensations se font épidermiques. Pour ne pas sortir frustré de l'aventure il n'y a plus qu'une solution : entrer en contact définitivement avec Dexter.

3.9 Séquence "T-shirt"

Le vêtement habille le corps, il permet de cacher ce que nous ne voulons pas montrer ou ce que la société nous interdit de montrer. Il peut être en accord avec ce que nous sommes intimement, reflet de notre harmonie ou de nos déséquilibres ou être à l'opposé. Il devient alors un costume endossé pour une profession, un carnaval, un spectacle. Vouloir "changer de peau" c'est vouloir changer de personnalité. Le vêtement devient alors cette seconde peau qui nous offre la possibilité d'être différent, de naître à une nouvelle vie. En s'habillant on renonce à l'image précédente pour en proposer une autre. Parfois pour correspondre à que ce que les autres attendent de nous, parfois pour correspondre à l'image que l'on veut donner de nous. Le vêtement devient alors camouflage, cache-misère, mensonge.
Dexter a une façon très personnelle d'aborder la journée. Il se rase (11), puis après avoir manger un maximum de protéines (viande + œuf, c'est chargé !) il boit un café, un jus d'orange, il se nettoie les dents puis (ellipse cinématographique) il met un pantalon, des chaussettes, on le retrouve quand il met ses chaussures. Il finit en enfilant un T-shirt. D'autres auraient d'abord mis le T-shirt pour finir par les chaussures au moment de partir mais cet ordre aurait provoqué un décalage dans la psychologie de notre spécimen. Pour nous tenir en haleine jusqu'au bout il fallait que cette séquence arrive en dernier. Comme une révélation.
Le blanc réinvestit l'écran (vu uniquement dans les séquences "rasage" et "œuf") au point de devenir omniprésent. Un tissu se tend, s'étire, des reliefs apparaissent, impriment de l'intérieur des formes qui n'aspirent qu'à devenir réalité. On devine un visage moulé dans une matière si tendue que ces traits deviennent masque mortuaire et font confondre le vêtement avec un linceul. Image fugace et inquiétante qui met mal à l'aise car ce qui va émerger est incertain. Suspicion de mort-né qui véhicule son flot d'angoisses. Ou de gisant, figer dans la pierre pour l'éternité.
On pense également au masque blanc du théâtre sur lequel le spectateur projette ses émotions. A cet instant précis tout peut encore se jouer car le tissu se fait en même temps suaire et révélateur de notre imaginaire.

Le visage frotte, glisse, déforme le tissu et de l'encolure écartelée jaillit enfin la tête de Dexter, les yeux fermés, la bouche grande ouverte, en apnée comme un nouveau-né. Le T-shirt, telle une matrice, a permis le passage d'un dedans vers un dehors. Une libération, mieux, une délivrance. Dexter retrouve ainsi un second souffle qui va lui permettre d'intégrer la société. Le rituel est terminé. Après de nombreux contacts et glissements l'homme ose enfin s'arrêter et nous regarder dans les yeux. Le tout n'aura duré qu'une minute et trente secondes. Une minute et trente secondes où la violence l'aura disputer à l'érotisme. Comme cette bouche entrouverte qui s'offre à nous pour nous inviter au baiser. Ultime contact avorté car très vite Dexter reprend ses esprits et nous oppose un visage fermé. Ce moment d'intimité basé sur le principe du frôlement perpétuel (on se frôle sensuellement comme on frôle la catastrophe à tout moment) voit là son point d'achèvement.

3.10 Séquence "Départ

Le gros plan comme une sorte de mise "hors perspective" nous assaille de sensations. Notre corps s'engage directement, la main n'a qu'à se tendre pour toucher ce qui nous est proposé. Ce trop plein de sensations est-il un aveu, une dénonciation, une incitation ? Seule la peur (peut-être la fascination aussi) nous empêche d'accomplir le geste qui nous mettrait en contact avec Dexter. L'érotisme évident qui se dégage de toutes les séquences précédentes nous entraîne immanquablement dans un jeu frustrant et pervers : toucher avec les yeux. Et les premières images de cette ultime séquence ne démentent pas cette impression. Le jeu est bel et bien terminé. Dexter se retire comme il retire la clé de sa porte. Dernier gros plan qui ne dure qu'une seconde. Une seconde pour accepter ou se rebeller.
Immédiatement après la caméra prend du recul et installe entre le personnage et nous une distance sociale respectueuse symbolisée par la rambarde blanche de la coursive. En sortant de chez lui Dexter passe ainsi de l'ombre à la lumière. D'une intimité sombre, ténébreuse, trouble, il rejoint la scène sur laquelle il va jouer son personnage de policier transparent. Il a revêtu le costume de la conformité et accroché à son visage un petit sourire fuyant. Au moment de quitter définitivement le cadre de ce générique Dexter tourne la tête et son regard glisse au loin. Sur quoi ? Rien. Car il n'y a rien devant chez lui.(12)



Conclusion

Les sensations visuelles et sonores, les contacts et glissements des séquences de ce générique finissent par évoquer à même notre peau des sensations de caresses ou de violence. On finit par avoir la chair de poule ou des irritations, on ressent le goût de la viande grillée ou de l'œuf, on sent l'odeur de l'orange et quand la tête de Dexter glisse vers l'extérieur de son T-shirt on se met en apnée, comme lui. Et c'est bien la fonction du gros plan que de nous permettent d'être en contact avec cette réalité-là et de nous toucher par le voir alors qu'on nous impose de voir sans toucher. Mais peut-on se limiter à des considérations d'ordre dermatologique quand les instruments qui "opèrent" sont si "tranchants" ?
Au-delà d'un petit-déjeuner banal, simple répétition quotidienne des gestes que Dexter accomplit régulièrement lorsqu'il s'en prend à un individu c'est plus à une sorte de catharsis que nous assistons. Dexter se rejoue le massacre de sa mère comme pour exorciser à chaque instant l'horreur dont il a été le témoin. Le générique est là pour nous faire "entrer" dans la peau du personnage et son ambiguïté (sa double vie), il ne nous oblige pas à l'aimer mais il nous fait toucher du bout du doigt sa fragilité.
Le derme évoque le superficiel, or ce qui est montré dans ce générique est au contraire la profondeur. La peau n'est qu'une barrière apparente puisque tout notre corps respire également par la peau et que l'intérieur de notre corps communique directement avec l'extérieur par les pores.(13)
La peau n'est qu'une frontière poreuse, une surface marquant notre territoire intime. Il y a d'un côté l'extérieur et de l'autre l'extérieur, la surface et la sous face. Notre peau agit comme celle d'un tambour, elle résonne au moindre contact. Que la main se fasse légère et des frissons nous parcourent jusqu'aux confins de notre être, qu'elle se fasse plus lourde et nous vibrons plus intensément, qu'elle devienne violente et nous explosons. Contacts et glissements forment chez Dexter le seul moyen d'expression. On ne touche pas les grands brûlés, on ne touche pas un écorché vif.
Au final, le générique de Dexter agit comme une caresse ambiguë qui provoque à la fois le désir et la répulsion. Cet entre-deux qui fait dire au personnage de "L'innommable" de Beckett : "Il y a un dedans et un dehors et moi au milieu, c'est peut-être ça que je sens, la chose qui divise le monde en deux, d'une part le dehors, de l'autre le dedans, ça peut être mince comme une lame, je ne suis ni d'un côté ni de l'autre, je suis au milieu, je suis la cloison…" (14)
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NOTES

(1) Ovide, Les Métamorphoses, VI, « Le mythe de Marsyas », 387-391, trad. G. Lafaye, Paris, Les Belles Lettres, coll. des Universités de France, 1970, p. 15.
(2) M. Maffesoli, 1993, La contemplation du monde. Figures du style communautaire, Biblio Essais, p. 42.
(3) Sa mère a été tuée sous ses yeux à la tronçonneuse. Il est resté plusieurs jours en contact avec le corps de sa mère en plusieurs morceaux au milieu d'un bain de sang avant qu'un policier ne découvre la scène.
(4) Ce policier qui découvre Dexter va l'adopter et lorsqu'il se rendra compte des pulsions meurtrières de son fils adoptif va l'amener à les canaliser pour ne pas se mettre en danger. Pour cela il lui inculque un mode opératoire rigoureux en trois règles : 1 - ne tuer que des gens qui l'ont mérité et ont réussi à échapper à la justice (pédophiles, violeurs, assassins). 2 - vérifier les faits. 3 - ne pas laisser de trace.
(5) 1 - Séquence "Moustique" (percer, écraser) / TITRE / 2 - Séquence "Rasage"(frotter, couper) - Sous séquences "Miroir", "Cou", "Rasage", "Lavabo", "Pansement" / 3 - Séquence "Viande"(trancher) - Sous séquences "Découpe", "Cuisson", "Mastication" / 4 - Séquence "Œuf" (briser, casser) - Sous séquences "Cuisson", "Découpage" / 5 - Séquence "Café"(éclater, écraser) - Sous séquences "Moulin", " Filtrage" / 6 - Séquence "Orange" (trancher, presser) - Sous séquences "Trancher", "Presser" / 7 - Séquence "Fil dentaire" (étrangler) / 8 - Séquence "Lacet" (resserrer, frotter) / 9 - Séquence "T-shirt" (glisser) / 10 - Séquence "Départ"(se retirer) - Sous séquence "Serrure", "Passage".
(6) Le mythe de Marsyas (du grec combattre, lutter). Marsyas est un satyre phrygien. Athéna invente la flûte double (l'aulos) mais la jette dès qu'elle s'aperçoit qu'en jouer déforme son visage. Marsyas la ramasse et devient rapidement un musicien expert. Il finit par défier Apollon (maître de la lyre). Le concours est présidé par le roi Midas et par les Muses qui déclarent Apollon vainqueur. Pour punir Marsyas de sa démesure (hubris) Apollon le fait écorcher et jette sa dépouille dans une grotte d'où coule une rivière qui prendra le nom du satyre. Pour avoir voté pour Marsyas, Midas reçoit une paire d'oreilles d'âne.
(7) Terme de cuisine. L'opération consiste à faire rendre son eau à des légumes ou de la viande.
(8) Gaston Bachelard, L'eau et les rêves, essai sur l'imagination de la matière, Paris, 1942
(9) Terme employé également en cuisine, par exemple : exprimer le jus d'un citron.
(10) Tout au long des différents épisodes Dexter entretient avec deux femmes des relations "amoureuses" (Lila qu'il assassine à la fin de la saison 2) et Rita, caricature de la mère famille surprotégeant ses petits et espérant faire entrer Dexter dans la routine d'un quotidien médiocre. Pour donner le change, pour faire croire qu'il éprouve des émotions comme tout individu normalement constitué il "joue" ses sentiments. Il fait ainsi illusion auprès de ses collègues et renforce par ce jeu permanent sa couverture d'homme quelconque confronté aux petits tracas quotidiens.
(11) Le cou uniquement, car on le voit également dans la séquence "Viande" et "Fil dentaire" son menton et ses joues sont recouvertes d'une barbe de "deux jours".
(12) Plusieurs plans dans les différents épisodes nous situent son appartement.
(13) Un corps entièrement recouvert de peinture, et par conséquent ayant tous ses pores bouchés, meurt par asphyxie.
(14) L'innommable, Samuel Beckett, Paris, Editions de Minuit, 1953.
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AUTEUR

Françoise Marchand est maître de conférences en arts et culture à l'IUT Figeac et membre du LARA de l'ESAV.

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Ce texte appartient à Françoise Marchand/Cadrage éditions 2010 (ISSN 1776-2928). Tous droits réservés. Pour toute utilisation du texte, nous contacter.







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Images: DEXTER (TV)
Showtime Entertainement
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Vidéo du générique:
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