QU'ANNONCENT LES EFFETS D'ANNONCE ?

L'exemple d'Hitchcock

par Dominique Sipière
Professeur à l'Université du Littoral

Qu'est-ce qu'un effet d'annonce? Les deux premiers exemples qui viennent à l'esprit ont un lien avec la musique, qui utilise elle aussi ce genre d'effets. Le générique de la seconde version de L'homme qui en savait trop (1956) a pour fond l'image d'un orchestre qui joue la "Storm Cloud Cantata" d' Arthur Benjamin. La caméra insiste sur les timbales qui annoncent l'orage du titre, puis elle s'approche du joueur de cymbales qui, au moment où le nom d'Hitchcock apparaît, prépare lentement les deux grands disques de cuivre pour les percuter avec force. Alors, on peut lire sur l'écran : "A single crash of cymbals and how it rocked the lives of an American family". Ce texte explicite ce que la musique disait déjà dans sa progression harmonique : le film nous apprendra que c'est pendant une exécution de cette cantate que le tueur doit tirer sur un chef d'état, au moment précis où le choc des cymbales couvrira le bruit du revolver. L'effet d'annonce du début de L'ombre d'un doute (1943) est moins explicite : les titres apparaissent sur un fond de danseurs qui valsent sur la Veuve Joyeuse de Franz Lehar. Cette fois, le film reprendra plusieurs fois les mêmes images et la même musique, étrangement extra diégétiques dans un film hollywoodien, jusqu'à ce que Charlie, l'adolescente, comprenne, avec retard sur le spectateur, que son oncle a étranglé des veuves pour les dépouiller. Ainsi, dans les deux exemples, l'effet d'annonce sera défini comme la mise en relation d'un élément du film (Ex : les cymbales; le texte qui les commente; les danseurs; la musique de Lehar...) avec un autre, qu'il annonce (le coup cymbales à la fin du film) ou plusieurs autres (plusieurs plans des valseurs) ou qui prépare à un ensemble d'une autre nature (les meurtres eux mêmes). Pour mieux cerner le phénomène je vais d'abord rappeler quelques exemples pris dans la carrière anglaise d'Alfred Hitchcock, à partir desquels il est possible d'analyser les composantes des effets d'annonce et d'ébaucher une typologie de leurs contenus. Mais cette méthode analytique est à contresens de la réalité filmique hollywoodienne dans laquelle les effets d'annonce sont imbriqués dans un ensemble narratif et diégétique. C'est pourquoi je finirai par quelques exemples de films plus sophistiqués de la période américaine pour y montrer les effets d'annonce en action.

Les quatre films pris en exemple pour amorcer cette étude commencent de façon très différente, mais nous n'étudierons pas ici le travail de mise en place diégétique et narrative.

a - La première version de L'homme qui en savait trop (1934) débute dans une station de sports d'hiver. Un skieur français, Louis (Pierre Fresnais), évite de justesse une chute grave et commente : "You realize that my last day here could have been my last day on earth". Quelques instants plus tard, il meurt d'une balle de revolver : ses paroles reviennent au spectateur comme un effet de prémonition.

b - The Lady Vanishes (1938) débute aussi dans la neige. Après une scène de mise en place diégétique (les lieux et la situation de départ : un train est bloqué par la neige et les passagers attendent dans un hôtel voisin), une brève scène muette présente Miss Froy, la Lady qui doit disparaître. Elle descend du fond du hall de l'hôtel où tous attendent, immobiles. Elle dépose ses clefs au comptoir en souriant, puis sort, aidée par les deux anglais passionnés de cricket (qui "oublieront" son existence). Enfin, la lourde porte noire se referme sur elle : elle a disparu dans la blancheur de la neige. Cette fois, c'est l'ensemble de la scène qui est un résumé du film à venir : une femme est passée, puis elle a disparu...

c - Young and Innocent (1937) est plus complexe. D'abord, il refuse la mise en place diégétique en plongeant le spectateur dans une scène de ménage filmée en gros plan, presque sans arrière plan. La femme gifle son ex-mari, qui sort par une porte noire et amorce une brève scène muette isolée qui annonce deux choses assez différentes. D'une part le fond de tempête au bord de la mer évoque l'état d'esprit tumultueux de l'assassin; d'autre part ses yeux clignent convulsivement et préparent la scène finale. Ce tic est le seul indice dont dispose un témoin pour reconnaître l'assassin...

d - Les 39 marches, enfin, débutent de façon plus curieuse. Un personnage (Richard Hannay) vu de dos entre dans une salle de spectacle mais, pour le dire, la caméra morcelle toutes les indications. Ainsi, par exemple, les premières images montrent des lettres de l'enseigne "Music Hall" qui s'allument l'une après l'autre. Puis, la caméra s'attarde sur le sol, montre les pieds de Hannay, semble le suivre avec maladresse. Ce qui est annoncé ici est d'une autre nature, qui concerne plus le type de regard proposé au spectateur, ou le type de récit, que le contenu du film.

Ces exemples témoignent de la diversité des effets d'annonce. Il peut donc s'agir d'une phrase (prononcée par Louis) qui sert de pré-écho; d'une scène muette (la disparition de Miss Froy) qui annonce des événements; d'un tic (les yeux) qui prépare une autre scène, ou encore d'une façon de filmer, donc de regarder (Les 39 marches). Pour mettre un peu d'ordre dans cette diversité il convient maintenant d'étudier plusieurs aspects des effets d'annonce : leur place dans le film, leur forme, leur "portée" (c'est à dire la relation qui les lie avec ce qu'ils annoncent), leur lisibilité et, bien sûr, leurs contenus et leur sens.

I - ASPECT

1 - Place. Certains effets d'annonce tardent à apparaître (C'est le cas de la couleur rouge dans Marnie) mais la plupart sont inclus dans le début du film. On peut repérer plusieurs moments distincts dans ces débuts. D'abord, bien sûr, en séparant ce qui se trouve avant le générique de ce qui est après, puis en décrivant la forme du segment considéré. Ainsi le cinéma, après la littérature, multiplie-t-il les "avis", avertissements, épigraphes, textes d'information... que je propose de réunir sous le nom de "textes préliminaires". Les épigraphes, par exemple, ont le plus souvent une fonction d'annonce marquée, qu'il s'agisse de citations d'auteurs ("The fault is not in our stars, but in ourselves" dans Spellbound, d'après Shakespeare...) ou d'un petit texte autonome (l'exergue de L'homme qui en savait trop citée plus haut). Ensuite, on peut distinguer trois moments distincts entre la fin du générique et le début de l'action proprement dite : a) les passages autonomes en rupture avec la diégèse et le déroulement de l'action (préludes); b) les passages qui appartiennent déjà à l'univers diégétique, mais à un autre moment que l'action principale (prologues) et, enfin, c) les quelques instants qui servent à lancer l'action proprement dite (amorces). Les effets d'annonce traversent et investissent chacun de ces moments du film, générique compris (Les cartons du générique de Cluny Brown, de Lubitsch annoncent déjà sur leurs dessins quel couple se formera à la fin du film...)

2 - Forme. L'effet d'annonce met en relation deux termes (ou plus) avec d'autres : un élément qui annonce et des éléments annoncés. Il convient donc de décrire l'élément "annonceur", puis la relation entre les deux termes.

a - La nature de l'élément annonceur va de signifiants verbaux clairement identifiables à des impressions plus diffuses.

Mots : la phrase de Louis (dans la première version de L'homme qui en savait trop) ou l'exergue de la seconde version sont tous deux très explicites. Mais les mots peuvent être plus suggestifs ou, comme on le verra avec la métaphore de l'équilibre dans Vertigo, plus ironiques.

Objets : il peut s'agir de signifiants très lisibles qui se retrouvent tels quels dans la suite du film (les cymbales; le tic des yeux dans Young and Innocent) ou légèrement modifiés (les différents aspects de la couleur blanche dans Spellbound). Dans cet exemple, ce n'est pas l'objet qui est répété, mais une des qualités dont il est porteur (le blanc).

Motifs : il faut d'ailleurs un peu de temps pour que le spectateur comprenne que ce ne sont pas les objets (nappe, couvre lit...) mais leur couleur qui font réagir Edwardes. Les objets sont ainsi les supports de couleurs, de mouvements ou de formes. L'exemple le plus évident de ces formes annonces est sans doute l'image de la spirale, appuyée par une musique "circulaire", au début de Vertigo.

Echos d'éléments signifiés : ainsi, plusieurs objets peuvent renvoyer à un signifié commun et produire un effet d'écho, comme dans Strangers on a Train : symétrie dans l'arrivée des deux taxis, les mouvements de pieds et, surtout, la convergence des rails de chemin de fer, stéréotype cinématographique du signifié = "rencontre de deux destins".

b - L'élément annoncé dépend de la "portée" de l'effet d'annonce, de la distance et de la nature de leur lien. Comme on vient de le voir, le terme annonceur peut être répété, modifié ou non, dans un effet de série ou bien il peut induire un autre terme qu'il signifie et produire ainsi des échos plus ou moins discrets.

Répétitions. Elles sont de deux types : préparation ou répétition significative.

- Préparations : dans Under Capricorn, l'impressionnante tête réduite australienne que la caméra met au même niveau que le visage de Hattie a été préparée de façon très rhétorique par une première tête de ce type, au tout début du film.

- Répétitions ou séries : par contre, dans Notorious, le retour de l'image du foulard que Devlin avait donné à Alicia pour la protéger du froid prend une valeur de symbole. Elle lui rend plus qu'un gage d'amour renié, la protection et la confiance qu'il ne lui apporte plus. Le même objet change de contexte et sa répétition sert de révélateur. On verra plus bas que la répétition produit du sens par elle même, non seulement à cause de différences, mais parce qu'elle intrigue le regard.

Inductions : effets d'annonce et effets d'ouverture.

- Annonces proprement dites : au niveau des signifiés l'élément annonceur renvoie à un élément ponctuel à un autre moment du film, comme les mots de Louis annoncent sa mort.

- Effets d'ouverture : c'est sans doute dans le second Homme qui en savait trop qu'Hitchcock utilise le plus bel effet d'ouverture, à la fois du récit, de la thématique et de la forme du film : après le prélude inclus dans le générique (les cymbales et la phrase d'exergue) on entre directement dans la diégèse. James Stewart, Doris Day et leur fils sont à l'arrière d'un autocar qui les conduit à Marrakech. Après un bref dialogue de mise en situation et de caractérisation (ils sont bien nigauds), le fils arrache par maladresse le voile d'une femme musulmane. La chute de ce voile est une image d'annonce-ouverture qui fonctionne comme un lever de rideau, l'entrée dans un mystère attirant mais dangereux, celui, justement, du savoir interdit. Les victimes du film se rencontrent à partir de ce geste : Louis (ici Daniel Gélin) aide les américains à sortir l'enfant de ce mauvais pas. Il sera assassiné et l'enfant sera kidnappé. L'effet d'ouverture est donc un type d'annonce qui concerne toute une partie ou l'ensemble du film et non pas seulement un élément.

3 - Lisibilité. Tous ces exemples sont inégalement perçus par le spectateur. Certains s'imposent progressivement, au point de constituer un fil conducteur du film (la valse de la Veuve Joyeuse, dans Shadow of a Doubt), d'autres sont peut être une projection du critique... Spellbound propose ainsi une grande variété d'effets d'annonce qu'on peut classer selon leur degré de lisibilité :

- lisibilité immédiate : on retrouve ici les annonces des deux versions de L'homme qui en savait trop, exergue affichée dans le générique, dont le sens est donné aussitôt, ou phrase prononcée par Louis qui ne prend son sens qu'après coup. Dans Spellbound deux scènes préparatoires amènent le spectateur, après l'épigraphe Shakespearienne ("Our fault is not ...") à se méfier des gens qui ont l'air en bonne santé : d'abord une jeune femme séduit un infirmier avant de le griffer violemment, puis un patient supposé guéri entre en transes en voyant un reflet sur un couteau.. De tels prologues sont lisibles par tous les spectateurs.

- annonces complexes. Mais le spectateur attentif interprète aussi la réaction du faux Docteur Edwardes (Gregory Peck) devant ce dernier patient qui prétend s'accuser du meurtre de son propre père. Son visage indique qu'il prend à son compte les angoisses du patient à un moment du film où rien ne prépare le spectateur à l'idée qu'Edwardes est lui même malade. Seule la répétition des effets d'annonce peut induire ce thème.

- annonces peu lisibles. Certaines annonces supposent plus d'attention de la part du spectateur. Quand Balestrero, au début du Faux coupable, sort du cabaret où il travaille, il longe un trottoir de New York. Deux policiers plus pressés que lui le dépassent alors et se séparent pour donner l'image de sa silhouette encadrée par la police, qui préfigure un instant sa future arrestation. Mais cette image n'est lisible que si on connaît déjà le sujet du film, que le seul titre ne suffit pas à préciser.

- annonces illisibles. Il y a dans Spellbound un exemple étonnant d'effet d'annonce qui ne doit pas être lu si on ne veut pas ruiner l'intrigue. Quand le faux Edwardes (Peck) rencontre l'ancien patron de la clinique, Murchison (Leo G. Carroll), pour la première fois, ce dernier sursaute violemment. On apprend en effet vers la fin du film qu'il est l'auteur du meurtre dont "Edwardes" était le témoin. Un certain réalisme diégétique et peut être le goût du jeu, ont poussé Hitchcock à montrer cette réaction du personnage bien qu'elle doive rester illisible.

- usure des annonces. Notons enfin que certaines informations perdent de leur lisibilité avec le temps et l'évolution de la culture intertextuelle du spectateur. A l'époque de la sortie de L'ombre d'un doute la musique de Lehar était omniprésente (le film de Lubitsch, par exemple, est de 1934); elle est inconnue de nombreux spectateurs d'aujourd'hui. Il n'est pas sûr que les valseurs répétés à l'écran évoquent encore l'idée de riches veuves...

II - CONTENUS

Je continue ici à découper ce qui en réalité est entremêlé dans des films assez complexes. Les effets d'annonce concernent des contenus d'intrigue ou de thème; mais ils permettent aussi un travail plus original de cohésion formelle de chaque film et la mise en place de contrats de lecture, de postures du spectateur.

1 - Postures : contrats spectatoriels

On a distingué plus haut les effets d'ouverture, qui annoncent globalement un état d'esprit, un climat ou un genre, des effets d'annonce proprement dits qui reposent sur des séries et des échos. Si on reprend l'exemple des 39 marches on remarque que le morcellement des informations, le fait que l'image n'est livrée que par bribes, met le spectateur devant une série d'attractions de Music Hall, dont il ne maîtrise que des instants forts, sans préparation ni suite vraisemblable. Il se trouve un peu comme dans l'obscurité d'un Train Fantôme où, à l'occasion d'un brusque virage il rencontre un squelette, ou sa propre image dans un miroir... On retiendra ici, à titre d'exemples, deux types d'annonces de postures parmi d'autres, qui concernent les degrés de réalité que le spectateur est invité à prêter à la diégèse et la manière dont le regard pénètre dans la fiction (Les indications de genre entrent en partie dans ce type d'effets d'annonce).

a - Degrés de réalité. Certains films indiquent leur accroche référentielle sur le réel de façon explicite. Soit qu'un prologue historique vienne ancrer une histoire fictive, comme dans Under Capricorn, où après une vraie leçon d'Histoire de l'Australie, la voix off enchaîne sur les mots "and now our story begins...", soit que le récit tout entier prétende à l'authenticité historique. Dans ce cas, un avertissement préliminaire annonce le contrat spectatoriel : Hitchcock vient lui même, avant le générique du Faux coupable, affirmer que son histoire est tirée d'un fait divers authentique. Dans ces exemples il s'agit plutôt d'effets de seuil, de mise en place préalable; mais le cinéma hollywoodien a pour habitude de ne pas aborder le degré de réalité de sa fiction de façon aussi frontale. Il préfère justement des annonces indirectes plus ou moins symboliques de l'ensemble du film. C'est le cas du texte dit en voix off au début de Rebecca, riche d'informations indirectes sur l'univers annoncé : souvenirs, lieux détruits, amours et bonheur menacés et, bien sûr, référence à la "voix" du narrateur du roman de Daphné Du Maurier, que ce texte cite fidèlement. Tout converge sur l'idée d'un monde perdu dont le sens global, la réalité même, doivent rester ambigus. Le début de Suspicion est à la fois plus indirect et plus radical. Dès le titre le film repose sur l'attitude de Lina qui aime Johnny (Cary Grant) mais le soupçonne de l'épouser pour son argent et de vouloir la tuer. L'entrée dans la fiction se fait dans l'obscurité complète d'un compartiment de train qui passe sous un tunnel. Cette équivalence avec l'entrée dans un rêve n'est pas rare dans le cinéma de l'époque. Mais elle annonce ici quelque chose de plus, la fascination qu'éprouve Lina pour l'apparition d'un fantasme que son hypermétropie insistante tient à distance. La posture spectatorielle, très discrète cette fois, suggère la place du spectateur dans la salle de cinéma, qui voit et entend, mais qui ne touche pas... Bref, ces trois exemples de films vont de l'affirmation de la réalité (The Wrong Man) à la suggestion d'un fantasme mortel.

b - L'entrée dans la fiction : nature du regard porté. Dans les films d'Hitchcock ces indications sont généralement très lisibles et elles renvoient à des thèmes récurrents. Un des axes qui les différencie est l'opposition entre des regards autorisés et des regards illicites. Il y a là toute une gradation qui pourrait échapper à un spectateur peu attentif.

- Regards licites. Ils ne vont pas de soi chez Hitchcock, dans la mesure où le spectacle offert est le plus souvent un spectacle confidentiel, secret ou interdit. Même dans un lieu public, cette habitude de l'interdit le pousse à expliquer comment on est invité : dans Les 39 marches le spectateur suit Hannay, qui paye son (notre) billet d'entrée. Le début de Saboteur (5ème colonne) est remarquable du point de vue de l'instrument utilisé pour nous autoriser à pénétrer dans un lieu interdit, une usine d'avions de guerre. Nous voyons d'abord les cuisines et une jeune femme qui attend les ouvriers qui viendront manger : c'est le secret qui vient vers nous... Ailleurs, Madame De Winter nous invite par ses confidences à pénétrer dans Manderley. Under Capricorn est plus ambigu. Après des informations qui autorisent Charles Adare à entrer chez Flusky (il est invité, mais mis en garde...) son attitude transforme son regard autorisé en regard illicite; il épie les cuisines et écoute aux portes.

- Regards illicites. Car c'est sur l'interdit qu'Hitchcock insiste le plus souvent. Dans Notorious le spectateur épie par une porte entrebâillée la sentence du procès du père nazi qui refuse de se repentir. Dans Rear Window, il est introduit dans la chambre de Jeff (James Stewart) pendant son sommeil, ce qui est une intrusion. Il entre en simple voyeur dans la chambre d'hôtel de Psycho, en s'introduisant à travers un store vénitien : on sait que cette technique délibérée excitait beaucoup Hitchcock... La façon "normale" d'entrer aurait consisté en un jeu de fondus comme dans Foreign Correspondent ou Shadow of a Doubt. La rupture violente de Rope (on passe de l'autre côté des rideaux baissés d'un appartement) est légitimée par le cri entendu de l'extérieur. On le voit, ces effets sont plus des effets d'ouverture que des effets d'annonce, mais ils inaugurent une attitude du spectateur qui se réalimentera tout au long des films, dans leurs thèmes, leur structure et leur signification. Ainsi dans Under Capricorn le regard illicite de Charles annonce l'extraordinaire structure des lieux, ouverts sur l'extérieur, bloqués de l'intérieur, qu'il est le seul, venu d'Irlande, à pouvoir déverrouiller. Les effets d'ouverture de Rear Window et de Psycho annoncent bien évidemment des aspects du thème du voyeurisme.

Les entrées dans la fiction jouent de la double identification du spectateur avec la caméra puis avec un personnage, mais il leur arrive d'inverser cet ordre naturel pour servir à la caractérisation de façon subtilement indirecte. La caméra de Notorious commence par épier non pas Alicia, mais la culpabilité de son père et par contre coup le doute, le manque de confiance de Devlin à son égard : le spectateur regarde déjà le personnage d'Alicia dans l'état d'esprit qui sera celui de Devlin, avant même que celui-ci n'apparaisse à l'écran. Son regard est d'ailleurs présent avant son visage : la caméra insiste longuement sur son dos et nous montre l'intérêt qu'Alicia lui porte, mais on ne le voit pas... on s'identifie à lui. Bref, le début de Notorious, comme celui de Marnie et, plus discrètement, celui de Vertigo, est centré sur le regard de l'homme, tandis que Suspicion (qui est un peu le Belle de Jour d'Alfred Hitchcock), Rebecca et The Birds mettent en place une identification avec un regard de femme.

2 - Annonces de formes et de structures

L'entrée de la caméra dans l'univers de Rear Window annonce à la fois un dispositif qui permet le récit et une forme qui contribue à le structurer. Ce dispositif est bien connu. Le photographe Jeff s'est cassé une jambe et se trouve bloqué dans son appartement de New York en été, d'où on peut voir les fenêtres ouvertes des appartements d'en face. Il assiste ainsi à des bribes du quotidien ordinaire (comédie et sentiments) ou extraordinaire (meurtre) qui sont deux faces de sa vie de photographe. Mais ce dispositif, qui suffit à engendrer le récit, induit également une forme, un peu comme quand Perec élimine la lettre E de sa Disparition. Hitchcock s'interdit une figure du cinéma, le travelling qui accompagne la déambulation du protagoniste, qu'il remplace par des zooms virtuoses. (Je reviendrai sur le film à la fin de cet article)

a - Les dispositifs. Il s'agit d'annoncer une forme englobante qui structure le récit et son sens. Cette forme peut être abstraite, mobile ou immobile... Au début de Strangers on a Train, l'idée abstraite de rencontre sert de dispositif narratif, comme une sorte de jeu-piège. Le huis clos de Rope, indiqué avec insistance dès les premières images, est statique. Par contre, on vient de le voir, celui de Under Capricorn repose sur l'opposition ouvert-fermé. Enfin, l'itinéraire annoncé dès le titre de North by Northwest propose un dispositif narratif toujours en mouvement mais décidé à l'avance.

b - Les formes. Le travail sur les formes sous jacentes est une des marques distinctives de l'art hitchcockien. Une partie de ces "patterns" qui servent à construire les films est l'objet d'effets d'annonce parfois très explicites, souvent partiels ou subtils. Le plus remarquable, par exemple, dans le générique de Psycho, c'est justement qu'il n'annonce qu'une partie de la structure formelle du film, les oppositions franches entre le noir et le blanc, le vertical et l'horizontal, qui sont au centre de la schizophrénie des personnages, Hitchcock compris, puisque son nom explose sur l'écran comme celui d'une "split personality". Mais aucune image ne prévoit l'autre forme sous jacente du film, tout aussi importante, qui est celle d'une spirale inscrite dans un cône inversé dont l'axe vertical serait l'escalier de Mrs Bates et la pointe l'orbite vide des yeux de sa momie. C'est peut être tout simplement que l'image des spirales avait déjà été utilisée deux ans avant par le même Saul Bass dans le générique de Vertigo et, surtout, qu'elle aurait ralenti le rythme du générique. Face à ces effets d'annonce formels lisibles dès le générique d'autres sont plus indirects, comme le fléchage insistant sur des directions au début de I Confess, image possible de l'univers mental du prêtre coincé par ses devoirs. La forme narrative de Rope, qui est celle d'un long fil ininterrompu d'images sans la coupure du montage, est bien sûr présente dans le titre du film, mais quel spectateur l'aura remarqué à l'époque?

3 - Annonces de contenu

La place manque ici pour proposer un inventaire des thèmes ou des contenus annoncés dans les films d'Hitchcock. On se limitera à quelques remarques sur l'outil d'écriture que constitue l'effort de cohérence entre la forme et le contenu introduit par les effets d'annonce. Si on compare deux exemples déjà évoqués, la répétition rhétorique de la tête réduite dans Under Capricorn et celle du tic des yeux de l'assassin dans Young and Innocent, on remarque une différence importante pour le spectateur. Il y a bien répétition du même objet, mais dans le premier cas la tête s'impose violemment aux regards, tandis que le clignement d'yeux commande une quête, une longue recherche dont le sens est connu d'avance : c'est l'assassin qui cligne ainsi des yeux. Autrement dit, le signifiant (l'assassin) est perdu, pas la signification. C'est souvent une différence qui crée ainsi du sens dans le jeu des répétitions, des échos et des séries. Quand les différences concernent des séries Hitchcock peut utiliser des crescendos ou des comparaisons terme à terme, ou, plus radicalement, comme dans l'exemple du tic de Young and Innocent, jouer de l'absence d'un des deux termes de la signification.

a - Rapports dans une série: les crescendos. Certains effets d'annonce, ou plutôt d'ouverture, reposent sur un crescendo métaphorique dont la suite est à peine esquissée. Le début de Torn Curtain est de ce type : aller de l'autre côté du rideau de fer, c'était aller vers le froid (on pense à L'espion qui venait du froid de John Le Carré). L'ouverture du film suit un bateau dans un fjord de Scandinavie. Le chauffage est en panne et le grand froid qui s'installe rapproche d'abord le couple sous sa couette, mais il l'éloigne bientôt devant la table de restaurant, lieu privilégié de l'univers d'Hitchcock : l'eau gèle dans les verres! Ce crescendo ne sera pas exploité de façon explicite, mais l'inconfort, la froideur des relations humaines, le soupçon dans le couple le reprennent et l'amplifient in absentia. Il s'agit déjà de la figure essentielle décrite par Pascal Bonitzer sous le nom de tache. La couverture de son livre, Le champ aveugle, rappelle un bon exemple de crescendo de ce type : sur le doigt ganté de Melanie, dans The Birds, une petite tache rouge de sang va se répéter et s'amplifier jusqu'à embraser tout l'univers de Bodega Bay. Dans ces crescendos l'effet d'annonce repose sur la répétition attendue qui crée angoisse et suspense.

b - Rapports de sens entre deux termes. On a déjà évoqué le foulard d'Alicia dans Notorious. Un spectateur arrivé en retard ne prêterait aucune attention à sa restitution sur un banc de Rio. C'est la comparaison entre le don et la restitution qui sert à décrire la détresse d'Alicia. Le même genre de répétition entre la mer vue à Monte Carlo, au début de Rebecca, et les vagues devant Manderley sert à révéler le mensonge des premières images : ce que Max De Winter contemplait, c'était la crainte que Rebecca ne soit pas vraiment morte... La répétition des images sert à en révéler le sens. Ailleurs, l'annonce et la répétition se font en inversant les signifiants : Roger Thornhill apparaît au début de North by Northwest au milieu d'une foule, parfaitement dans son élément. L'image prépare son inverse, la terreur qu'il éprouvera dans le désert, seul devant le danger d'un avion qui cherche à l'éliminer. Il y a chez Hitchcock une écriture assez systématique de la répétition, une rhétorique dont les escaliers de Psycho offrent un exemple extrême. On les gravit quatre fois, avec des différences significatives de filmage, mais surtout avec des informations très différentes qui font de la dernière visite, la plus longue, un exercice d'écriture sur le vide, puisqu'il n'y a rien à voir que deux chambres vides. L'annonce longuement préparée du danger force le regard à créer du sens. Cette mise en éveil de l'attention du spectateur est un des thèmes hitchcockiens. Il s'agit de nous amener à scruter les signes du quotidien parce qu'on nous a persuadés que tout peut y faire sens à partir de la cohérence maîtrisée entre la forme et le contenu.

c - Absence d'un des termes. C'est pourquoi la répétition du signifiant sans son signifié crée l'inquiétude et sert de moteur à l'intrigue. Répéter la couleur blanche ou rouge, tellement polysémiques en elles mêmes, en insistant sur l'effet dramatique qu'elles produisent sur un des personnages, c'est nous amener à une sorte de subversion momentanée du quotidien. Cette attitude confirme évidemment l'intérêt d'Hitchcock pour le thème du savoir dangereux (L'homme qui en savait trop) ou pour le thème de l'absence signifiante. L'ombre d'un doute, avant d'illustrer le thème de l’ambiguïté et du doute, insiste sur celui du manque, de l'absence. Une veuve, cela se définit d'abord par une absence, une bague comme le lieu d'un doigt absent et, surtout, le journal découpé par l'oncle Charles l'accuse justement par le trou qu'il ouvre dans l'esprit de la jeune fille. Notre couple logique est donc complet: certains films répètent un signifié dont le signifiant absent est l'objet d'une quête, comme l'assassin de Young and Innocent ( les Mac Guffins peuvent entrer dans cette catégorie); d'autres, plus originaux sans doute, présentent des signifiants sans leurs signifiés, comme les valseurs de L'ombre d'un doute, les couleurs dans Marnie et Spellbound, les oiseaux dans The Birds, Kaplan dans North by Northwest et le corps de Judy dans Vertigo.

III - LA COHESION DES DEBUTS DE FILMS

Mais il faut redire ici que les effets d'annonce sont le plus souvent une touche discrète intégrée dans l'ensemble de l'exposition des films. The Birds offre un exemple de ce travail subtil d'Hitchcock qui accepte les règles hollywoodiennes de clarté pédagogique mais joue en même temps son propre jeu d'auteur à part entière. Le spectateur voit d'abord une mise en place diégétique très classique des lieux (San Francisco est amenée par un câble car, Union Square et une affiche du Golden Gate) et du personnage (Tippi Hedren alors peu connue est suivie par la caméra). Puis, en quelques secondes, Hitchcock distribue trois effets d'annonce que bien des spectateurs n'ont pas le temps d'analyser mais qui laissent leur empreinte discrète. Il apparaît d'abord lui même accompagné de ses deux chiens blancs, première image d'un père (l'absent du film) qui tient un couple en laisse. Le second couple suit très vite : ce sont les Love Birds qui annoncent bien sûr le couple Melanie-Mitch. Or cette image est également porteuse d'une figure essentielle du film, celle de l'inversion des situations familières. La cage dorée est l'image inversée de celle de la cabine téléphonique où Melanie, le bel oiseau doré, sera enfermée par les oiseaux. Mais c'est le troisième effet d'annonce qui me paraît le plus caractéristique de la méthode d'écriture hitchcockienne. Les oiseaux n'arrivent pas sans préparation. Hitchcock avait beaucoup insisté avant la sortie du film sur le slogan "The Birds is coming" et le titre vient le rappeler avant que le générique ne le confirme. Ce qui est nouveau, par conséquent, dans la première apparition diégétique des oiseaux, c'est ce qui les amène à l'écran. Le premier plan suit Melanie dans San Francisco. Pendant qu'elle se dirige vers le magasin d'animaux on entend un sifflet admiratif. Melanie se retourne, s'aperçoit qu'il s'agit d'un jeune garçon et sourit à la caméra (Si un adulte avait sifflé elle aurait peut être caché son plaisir d'être admirée). C'est justement sur ce plan du visage radieux de Melanie, heureuse d'être belle (pour le spectateur!) qu'Hitchcock enchaîne l'arrivée des oiseaux dans le ciel, puis le trouble lisible dans son regard. Ce bref contre champ annonce la valeur, sinon le sens, des attaques des oiseaux : ils seront associés au désir de Melanie, au regard porté sur elle et au regard rendu par elle.

Cette intégration naturelle des effets d'annonce, cette insinuation du sens à l'intérieur du récit commercial hollywoodien se retrouve dans les exemples de films que nous allons évoquer pour finir, parfois concentrés dans quelques images (North by Northwest), parfois développés sur de longues séquences, imbriqués dans la diégèse (Rear Window) ou distribués sur une longue suite d'unités d'écriture différentes (Vertigo).

North by Northwest est l'exemple même de la concentration des effets. Le générique de Saul Bass est simple : les titres apparaissent sur un fond vert quadrillé de lignes blanches obliques, puis le vert se dissout pour laisser voir des images de New York. Le quadrillage était un immeuble sur lequel se reflète l'animation d'une avenue. Cette entrée dans la diégèse, très simple, contient plusieurs annonces d'itinéraire, de forme et de sens, étroitement imbriquées. L'itinéraire, on l'a vu, est indiqué par le titre du film. Cette histoire progresse de New York à Chicago puis au Dakota, toujours en direction du nord nord-ouest. Or cette direction a un sens, celui que suggère Hamlet, "I am but mad by north northwest" (en pensant au vent) celui que les marins évitaient parce qu'il conduisait à la folie, à la mort, au vide. Les images du générique reprennent autrement cette suggestion d'une structure vide investie de sens, en remplissant leur quadrillage par l'activité de la ville. On retrouve donc le genre d'effets d'annonces qui partent d'un signifiant vide, d'un cadre que le récit doit remplir. C'est ici le personnage de Kaplan, l'espion qui n'existe pas mais que la CIA invente pour tromper ses ennemis, forme creuse prête à accueillir le personnage de Roger Thornhill. Bref, les premières images du film résument bien l'imbrication essentielle de la structure et du sens dans les films de la maturité hitchcockienne.

Dans Rear Window les annonces sont imbriquées dans une même séquence. Le film les intègre dans une exposition diégétique très hollywodienne. Les titres du générique sont lus sur le fond d'un lever de rideau obtenu par l'ouverture des stores de l'appartement : la chambre est aussi la salle du spectacle selon le thème omniprésent du reflet du dispositif cinématographique à l'intérieur des films eux mêmes. Les deux longs panoramiques d'exposition servent bien sûr à exposer le décor et le dispositif de Rear Window; de même, les images de caractérisation du personnage annoncent aussi le thème sous jacent de son histoire. On découvre successivement sa jambe cassée, son nom écrit sur le plâtre, ses appareils photo dont l'un, cassé, est associé à des images de courses automobiles et l'autre, intact, à la couverture du magazine où apparaît Grace Kelly. Mais au delà de cette exposition exemplaire on décèle une opposition prémonitoire : les deux appareils annoncent déjà le débat narratif entre deux vies, le choix entre le mariage ou l'aventure du célibat. La partie sentimentale du film traite en effet de ce thème hollywoodien classique, le Taming of the Male, que les deux appareils photos suggèrent déjà.

Vertigo enchaîne plusieurs séquences de nature différente : un pré-générique (visage de Kim Novak), le générique (graphismes), un prologue d'explication sur le vertige de Scottie, puis l'entrée dans la diégèse grâce à une scène dialoguée préparatoire assez longue. Chacune de ces séquences contient des effets d'annonce et leur description pourrait servir de bilan à notre étude. Le film s'ouvre sur les lèvres d'une femme en très gros plan. La caméra monte vers les yeux qui la fixent, puis tournent brièvement de chaque côté de l'écran. Regard triple qui annonce trois femmes, trois lieux, trois dangers réunis en un seul : c'est le matériau symbolique du film. Sa forme, son mouvement et son rythme sont alors fermement indiqués par les graphismes de spirales de Saul Bass et la musique de Herrmann qui suggèrent une chute et un mouvement circulaire. L'annonce purement narrative se fait grâce au bref prologue très lisible sur les toits de San Francisco : le vertige de Scottie cause la mort d'un homme qui tentait de lui sauver la vie. Par contre ce passage indique plus indirectement, grâce au type d'inversion évoqué plus haut, ce que le film ne sera pas : une vision sans entrave sur la ville, un espace ouvert, un rythme rapide, une lumière qui sépare le clair de l'obscur... Mais c'est la scène suivante qui risque de passer inaperçue, comme c'est souvent le cas avec les dialogues hitchcockiens. On retrouve Scottie, quelques semaines plus tard, dans le studio d'une amie. Le dialogue est badin et remplit la fonction explicative imposée par les règles hollywoodiennes. Il s'y glisse pourtant plusieurs allusions amusées au thème central de l'équilibre tout au long du film : canne de Scottie, stylo qui tombe et, surtout, soutien gorge "révolutionnaire" conçu par un ingénieur de chez Boeing et basé sur le principe du pont transbordeur (Golden Gate)... Le dernier effet d'annonce que nous évoquerons est un effet visuel. Pour guérir de son vertige, Scottie espère éviter le remède habituel dans ce genre d'histoires : un choc émotionnel violent. Il est, bien sûr, en faveur d'une méthode plus douce et feint de s'y préparer en grimpant sur un tabouret. Tout va pour le mieux jusqu'à ce que son regard passe par la fenêtre ouverte de la cuisine et s'affole à nouveau. Le vertige qui le reprend alors le conduit, dans sa chute, entre les bras de la seule femme qui n'est pas un danger pour lui. Fin probable de l'histoire, un peu grise, comme celle de L'ombre d'un doute, fin apparente sans doute, mais qui annonce aussi que la réalité et ses vertiges se lisent bien à plusieurs niveaux.
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L'AUTEUR

Dominique Sipière est Professeur des Universités à l'Université du Littoral (France) et auteur de plusieurs articles autour du début au cinéma.

COPYRIGHT


Article extrait de Caliban
n.XXXII, Cinéma, cinémas, Toulouse II, 199
4 avec l'autorisation de l'auteur, Dominique Sipière.







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Ci-dessus:
Image tirée du générique du film
The Lady Vanishes de A.Hitchcock

Ci-contre:
Ce texte a été originalement publié
dans Caliban n.XXXII, 1994.