LES GENERIQUES CHEZ HUSTON
Figures et styles chez John Huston
Par Sébastien Miguel
Générique & Cinéma, Juin 2009 (inédit)
La positon problématique qu'occupe John Huston au sein de la critique française, à défaut d'être parfaitement compréhensible pour le cinéphile amateur, dévoile les ambiguïtés et les grandes complexités de réception d'une œuvre dont la véritable découverte reste encore à faire. Epiphénomène, peut être, les génériques chez Huston présentent pourtant un aperçu assez éloquent des fluctuations stylistiques d'une carrière d'une richesse hors du commun.
Le Style Studio (1940 – 1950)
Les premières productions Warner obéissent en tous points aux cahiers des charges du studio et proposent rarement une relecture originale des génériques. Malgré leurs grandes différences qualitatives, In This Your Life (1942, L'Amour n'est pas un jeu) ou l'affligeant Across the Pacific (1942, Griffes Jaunes) déroulent leurs crédits de manière tout à fait traditionnelle. Image aqueuse et onirique d'un Faucon Maltais inaccessible ou Sierra Madre écrite en calligraphie Mexicaine : Chaque générique remplit sa fonction « administrative »...
L'explosion de la Couleur (1951-1969)
L'arrivée du Technicolor dans la filmographie de John Huston semble avoir transcendé les goûts du cinéaste pour la couleur. Fait relativement peu connu : Huston, pendant des années et à l'abri des regards, se lança dans une carrière de peintre. Ses talents de dessinateur feront même l'objet d'une scène hommage dans White hunter, Black Heart de C. Eastwood (1990, Chasseur Blanc au Cœur Noir) . Il semble donc relativement logique de voir dans son premier film en technicolor (une biographie de Toulouse-Lautrec) l'inclinaison particulière d'un cinéaste amoureux des formes picturales. La reconstruction du Paris du 19ème siècle, les séquences dansées des nuits flamboyantes du Moulin Rouge , le travail impressionnant d'Oswald Morris sur les scènes de nuits… Autant d'hommage à un courant artistique (liée bien sur au sujet du film) mais aussi manifestation des intérêts esthétiques d'un cinéaste qu'on a souvent taxé d'impersonnel.

Les diverses formes de l'art pictural prendront, à partir de Moulin Rouge , une place de plus importante dans la filmographie du cinéaste. Abandonnant rapidement le noir et blanc, excepté pour les drames psychologiques intenses comme The Misfits (1961, Les Désaxés) ou Night of the Iguana (1963, La Nuit de l'Iguane) , on verra (sans grandes difficultés) resurgir les célébrations colorées de Huston dans des films plus tardifs. Films réalisés à une époque ou le procédé Technicolor sera lui-même largement passé de mode. Pensons aux toiles en sépia des scènes de chasses de cachalots Moby Dick (1956, Moby Dick) , les peintures expressionnistes dans Freud, Secret Passions (1962, Freud) , l'utilisation du jaune or dans Reflections in a Golden Eye ( 1967, Reflections dans un œil d'or ), les tapisseries du Moyen Age dans A Walk With Love and Death ( 1969, Promenades avec l'Amours et la Mort ). Même les lettrines colorées de The Life and Time of Roy Bean (1972, Juge et Hors la Loi ) rappellent (d'une certaine manière) les illustrations des anciens livres de contes pour enfants…
La marche funèbre (1970 -1987)
Les génériques chez Huston se déroulent le plus souvent de manière classique. En effet, à très peu de reprise, ils constitueront un « court métrage » à part entière. Les seules oeuvres concernés sont des films sur la mort… Le générique à la Saul Bass de The Misfits (1961, Les Désaxés) ou la danse macabre des marionnettes dans Under Volcano (1984, Au Dessous du Volcan) font véritablement office d'exception.
Pourtant, petit à petit, c'est bien les adieux progressifs aux diverses formes employées qui apparaîtront dans les génériques de John Huston. Mackitoch Man (1973, Le Piège) et surtout Wise Bloob (1979, Le Malin) fond appel une dernière fois au noir et blanc. Mais sur un ton élégiaque et magnifiquement crépusculaire. C'est la Tamise filmée en noir et blanc (par Oswald Morris…) dans le début de Mackintoch ou les photos des tombes aux multiples axiomes religieux dans Wise. Annie (1982, Annie) déroule, une ultime fois, les rougeurs agressives des comédies musicales des années quarante dans une sorte de pastiche désintéressé. The Man who would Be King (1975, L'homme qui voulut être roi) n'aura même pas droit à un générique. Et comme ultime épitaphe : le générique de The Dead (1987, Les Gens de Dublin) se déroule avec le même ascétisme que ceux d'Ingmar Bergman. Sur les notes Irlandaise d'une harpe esseulée, l'écran restera noir et les écritures blanches.
Les violents changements de genre, de thème et de style (au sein parfois d'un même studio), la légèreté affichée envers certaines productions, la flamboyance de l'homme… Autant d'éléments déconcertants pour les critiques toujours avides de cohérence. Pourtant, derrière une carrière en dents de scie, se dessine le portrait d'un véritable artiste.
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Quelques vidéos de génériques de Huston:
- Freud : http://www.youtube.com/
watch?v=iA6kMp4TAro
- The List Of Adrian Messager :
http://www.youtube.com/watch?v=
b2WbOmkut9E&feature=channel_page
- Phobia : http://www.youtube.com/
watch?v=OfWDqdaLMXQ&feature=channel
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L'AUTEUR
Sébastien Miguel est auteur de l'essai 10 Films Oubliés: Vers une Réhabilitation (Paris, Manuscrit, 2008), collaborateur à l'émission Le Cercle des Cinéphiles, et auteur de nombreux articles sur l'Histoire du cinéma américain.
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