Entretien avec Richie Adams (inédit)
/ Jeune créateur hollywoodien de génériques


par Alexandre Tylski, Janvier 2006

Richie Adams est un jeune créateur de génériques né aux Etats-Unis. Lancé par plusieurs années d'études artistiques et par Richard A. Greenberg, Richie Adams a travaillé avec des cinéastes d'Hollywood tels que Richard Donner et récemment sur le film Mr and Mrs Smith. Il a accepté de répondre à nos questions sur son parcours et sa conception des génériques de films.

Alexandre Tylski:  Quel est votre parcours d'étudiant ?

Richie Adams : « J'ai un diplôme scientifique de publicité (acquis à l'Ecole de Journalisme de l'Université du Colorado, à Boulder). Plus tard, j'ai pris des cours complémentaires autour des logiciels PhotoShop et d'Illustrator à l'Académie des Arts de San Francisco, ainsi que des cours autour de After Effects à l'Institut Américain du Film (AFI) à Los Angeles, et de divers cours de multimédia et design pendant un an à la l'Ecole d'Art et de Design d'Otis à Los Angeles. Puisqu'au départ, je n'avais pas prévu de travailler dans l'audiovisuel, je n'ai pas fait d'école de cinéma, mais j'ai malgré tout pris quelques cours de cinéma çà et là qui m'ont permis de me tourner une éventuelle carrière de créateur de générique, ce que je fais maintenant. Les enseignements en logiciels divers que j'ai reçus ont été très utiles, mais pas avant que je ne n'ai une meilleure connaissance de la théorie du design acquise à Otis. Ce n'est qu'à ce moment-là que je suis devenu confiant et finalement efficace en tant qu'animateur et designer. Parmi les personnes que j'admirai et qui ont influencé mon travail, je citerai Josef Muller-Brockmann, Jan Tschichold et Saul Bass, pour ne citer qu'eux. Aujourd'hui, je suis toujours influencé par le bon design graphique clair et moderne des années 1950. »

AT : Comment avez-vous débuté dans le générique de film ?

RA: « J'ai eu ma première chance dans ce domaine lorsqu'un professeur d'Otis m'a invité à montrer mon travail à Richard Alan Greenberg (coauteur des génériques de Superman, The Untouchables, Matrix). A l'époque, il enseignait à des doctorants de cette école. Il jeta donc un coup d'oeil à mon travail qui était en grande partie des génériques et du graphisme pour des vidéos de skate et de snowboard. Il me dit alors qu'il pensait à un projet pour moi. Ce projet s'avéra être rien moins que StarTrek: Nemesis. Je présentai alors quelques idées (storyboards) et bien qu'il n'utilisa pas mon concept, il finit par m'engager pour diriger la partie artistique du générique d'ouverture. L'intention de ce générique était de plonger les spectateurs dans l'ambiance du film et de laisser présager la relation entre les différents personnages du film. Le plus grand défi avec cette séquence c'est d'être arrivé bien après les prémices du processus de développement du projet. J'arrivai dans cette séquence alors qu'elle était déjà en production et qu'il était donc difficile de prendre ce qui existait déjà pourt en faire quelque chose de meilleur alors que le budget était déjà bien entamé. Mais cela fut finalement une merveilleuse expérience en particulier pour apprendre à finir un travail avec un budget imposé. » 

AT : Quelles sont généralement les étapes de fabrication d'un générique cinématographique ?

RA: « Chaque projet est complètement différent. Parfois, on ne vous donne que le script (ce fut le cas sur Hide and Seek) et on vous demande d'apporter un résumé de votre idée de générique avant même que vous n'ayez vu le film lui-même. D'autres fois, et plus habituellement, un générique temporaire a été créé (Ladder 49) et votre challenge est d'apporter le style et le sentiment des titres, tout en respectant et en maintenant le bon « timing » et les éléments de fond du montage existant. Et parfois aussi, on vous donne la chance de remplir un vide ou un espace dans la séquence introductive (S.W.A.T.) avec quelque chose de complètement nouveau et pas nécessairement avec des images initialement tournées sur le tournage. »

AT : Pouvez-vous nous parler des jeux graphiques de mots dans le générique d'ouverture du film Hide and Seek ?

RA: « Dans ce film, les spectateurs peuvent être menés à croire que la source du mal vient d'un nombre. Alors, la typographie crayonnée de ce générique d'ouverture a été utilisée à la f ois pour tenter d'amener les spectateurs vers une fausse piste, et de montrer l'évolution, ou la dévolution, du protagoniste interprété par Robert DeNiro de retour dans un état d'enfance. Cette typographie a aussi était employée de manière f antomatique, à travers des formes et des ombres étranges, afin de suggérer aux spectateurs que le « mal » dans ce film n'est peut-être pas humain du tout. Certains mots précis comme “ Cat” et “ Me” ont été utilisés comme de fausses allusions à ce que la source du mal peut être dans ce film, le personnage joué par Dakota Fanning. Ces choix de jeux de mots et de transfigurations de mots au crayon fut une suggestion du réalisateur de ce film, John Polson  ».

AT: Avec quels logiciels travaillez-vous vos génériques ?

RA: « La plupart des logiciels permettant de créer des génériques sont Adobe After Effects, Adobe Photoshop, Adobe Illustrator, Maya and 3D Studio Max. Final Cut Pro est également employé comme outil de montage. Je pense que les technologies actuellement disponibles sont réellement utiles pour la créativité du designer. Il n'y a tout simplement aucune limite. En règle général, je trouve la plupart des génériques produits ces dernières années plutôt bons. Néanmoins, je crois que les designers tombent parfois dans le piège de ce que la technologie peut offrir. Certains effets sont utilisés parois simplement parce qu'ils sont possibles et pas parce le concept le justifie. »

AT : A quoi devrait servir selon vous un générique de film ?

RA: « Je pense qu'une bonne séquence générique doit pouvoir plonger les spectateurs dans l'ambiance du f ilm ainsi qu'offrir un présage du film d'une façon ou d'une autre. Parfois, un générique peut influencer l'aspect graphique d'autres scènes ou séquences tout le long d'un film. Des exemples de cela, les génériques de The Hulk ou de The Bourne Identity. Cependant, il est bien rare qu'une société de génériques soit sollicitée pour cela au moment de la pré-production ou de la production.
Plus vraisemblablement, une agence de génériques est engagée après que le film ait été déjà tourné et monté. Cela signifie que le film final est bouclé et que c'est à la société de génériques de trouver un moyen d'intégrer sa vision artistique dans le montage existant. Un générique doit servir un film donné spécifiquement pour communiquer les noms des personnes qui ont rendu ce film possible. Et la manière de présenter cette in formation peut être très artistique et dans certains cas, même meilleurs que le film qu'il serve. Des exemples récents de grands génériques : Catch me if you can, Panic Room and Six Feet Under, pour en nommer quelques-uns.»

AT : Quelles différences y'a-t-il pour vous entre un générique et une bande annonce ?

RA: « La principale différence entre une bande annonce et un générique de film réside dans l'objectif final. La bande annonce est faite pour amener les spectateurs dans les salles et le générique pour amener ces spectateurs à l'intérieur même de l'esprit d'un film donné. »

AT: Trouvez-vous qu'on parle assez de l'art des génériques ?

RA: « Je ne trouve pas que les génériques trouvent assez de notoriété et de reconnaissance critique. Est-ce que les critiques, les enseignants et les élèves les étudieraient davantage si tel était le cas… Je ne suis pas sûr… Pourtant, je considère personnellement les génériques de films comme l'apogée du graphic design. »

AT : Quels problèmes existent-ils actuellement dans le milieu du générique ? Quels conseils donnerà la nouvelle génération ?

RA : « Le plus gros problème qu'un créateur de générique rencontre dans le milieu du cinéma, c'est de conserver un contrôle créatif.  Le nombre de gens à qui vous devez rendre des comptes et qui ont leur mot à dire est indirectement proportionnel à la qualité du générique final (i.e. moins de personnes = meilleur résultat f inal). Mon conseil pour un créateur de générique en herbe est 1) être original, 2) ne pas céder à la mode et 3) TOUJOURS discuter avec le cinéaste pour lequel vous travaillez. »
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L'AUTEUR


Alexandre TYLSKI enseigne le générique de film à l'ESAV (Ecole Supérieure d'Audio Visuel), il est directeur de la rédaction de la revue Cadrage, chercheur au LARA (Laboratoire de Recherches en Audiovisuel de l'Université Toulouse II) et membre du SFCC Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

COPYRIGHT

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Alexandre Tylski en Janvier 2006
© Cadrage/Arkhome ISSN 1776-2928. Tous droits réservés. Pour toute utilisation: administration@cadrage.net







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Ci-dessus:
Image tirée du générique signé par
Richie Adams pour le film Timeline de Richard Donner, Paramount 2003.