Quelques dates importantes

/ Petit historique du générique de film

par Alexandre Tylski

GENERIQUE [zenerik]: adj. et n.m. (1582 ; du lat.genus, eris). Cin. (début XX) : présentation d’un film, faisant partie de la bande cinématographique, où sont mentionnés, par l’image ou par le son, au début et/ou à la fin, le nom des producteurs, auteurs et techniciens.

En 1895, à la naissance du cinématographe, le générique tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existe pas encore. Ce n’est que progressivement que le générique prend une place légale puis artistique au sein des productions cinématographiques.

Nous ne dressons ici qu’un très bref historique, afin d’apporter une vue générale du générique au cinéma. Plusieurs ouvrages seraient nécessaires pour peindre précisément le paysage du générique à travers les décennies, tant celui-ci est riche, varié et nourri d’exemples et de contre-exemples tour à tour conventionnels et révolutionnaires.

Les années 1900 /1950
Naissance du générique au cinéma

Les années 1900 /1910:
Des cartons et des affirmations


Alors que le montage n’en est qu’à ses balbutiements, on commence à voir apparaître des cartons informatifs dans les films, notamment pour indiquer le titre du film. Puis, David W. Griffith impose son nom de cinéaste à l’écran. Jusque-là les réalisateurs n’avaient pas le droit d’être mentionné comme responsable artistique des films. Les interprètes eux aussi ont imposé leur présence au générique. C’est la revendication décisive des artisans sur les financeurs.

Les années 1920 / 1940:
Entre grisaille et in(ter)ventions


Les génériques sur fond gris pullulent et deviennent la norme officielle du générique. Pourtant, des tentatives naissent ici et là pour réinventer le générique, et le début, notamment grâce aux interventions orales ou écrites de Sacha Guitry (Roman d’un tricheur) et de Jean Cocteau (La Belle et la Bête) qui s’investissement physiquement à l’écran dans l’ouverture des films. Le générique devient plus que jamais un lieu d’invention et d’intervention, mais reste encore majoritairement (mais avec des contre-exemples) sous influence théâtrale et littéraire.

Les années 1950 / 1960
Les lettres de noblesse du générique

Les années 1950:
Le générique gagne ses lettres de noblesse


En partie grâce à l’impulsion des films d’animation de Disney et des génériques d’animation inventifs de Norman McLaren, le générique d’ouverture au cinéma se meut. Une date clé reste le générique de Carmen Jones (Otto Preminger, 1954) signé par un publiciste de talent Saul Bass. Il transforme alors le début des films en œuvres d’art, courts-métrages conçus pour mieux préparer les spectateurs à l’expérience du film.

Les années 1960:
La grande époque des génériques animés


Une génération entière de graphistes s’affairent à donner vie et couleur aux génériques. En France, Jean Fouchet imagine des génériques enlevés pour la série Fantômas ou les comédies de Gérard Oury, pendant que Jean-Luc Godard revient aux cartons primitifs. Chez les Anglais et les Américains, naissent les génériques animés pour La Panthère Rose (créés par le duo DePatie & Freleng) et James Bond (créés par Maurice Binder).

Les années 1970 / 2000
Le générique contemporain

Les années 1970 :
Emergence de l’ordinateur pour le cinéma


Après l’aventure technologique de Star Wars, le générique conçu par ordinateur de Superman de Richard Donner est une date cruciale pour certains spécialistes américains du générique. Ce film propulse en effet le générique dans une nouvelle ère, les possibilités visuelles (et sonores) sont décuplées pour le meilleur et le pire. Beaucoup de cinéastes résistent alors et emploient de simples génériques blancs sur fond noir, comme tel est le cas dans le cinéma français des années 80.

Les années 1990 :
Renaissance du générique

Alors que Saul Bass est à nouveau sollicité pour le cinéma (par Martin Scorsese notamment), les génériques de Spike Lee (conçus par Randy Balsmeyer), de Tim Burton (par Robert Dawson) et le générique de Seven (David Fincher, 1995) signé par Kyle Cooper, relancent une grande dynamique autour du générique et incite nombre de producteurs et de réalisateurs à financer des génériques de qualité aux spectateurs.

Les années 2000 :
Inflation des détournements de logos


Aujourd’hui, avec les nouveaux logiciels, il semble tentant de « trafiquer » les débuts de films, notamment les logos des Majors. On dénombre des dizaines de détournements de logos entre 2000 et 2005, un record qui peut faire réfléchir sur les significations contemporaines et industrielles des débuts de film. A suivre…
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PISTES PEDAGOGIQUES

1)
Débat oral collectif ou devoir écrit individuel autour de l’histoire du générique de film. Réflexions autour de 3 génériques appartenant respectivement aux années 1910, aux années 60 et aux années 2000. Quelles observations peut-on faire de l’évolution des génériques (en termes de durée, de graphisme, de son…) ? Conclusions ?

2) Réalisation d’un générique de film par le biais de logiciels (de type Photoshop, Final Cut Pro…) ou de manière rudimentaire (découpes de papier, dessins, peintures filmées, etc.). Ce générique peut se baser sur un film imposé ou choisi et peut se réaliser par petits groupes. Chaque générique devra être expliqué et défendu en classe.

RESSOURCES

RENARD (D.), Analyser un début de film, CRDP Grenoble
http://www.crdp.ac-grenoble.fr/medias/telech/debfilm.rtf

Creating a title sequence with After Effects (anglais)
http://www.artbeats.com/community/article.php?id=27

Creating a title sequence (pédagogie en anglais)
http://www.teachit.co.uk/pdf/227titles.pdf


EMISSIONS RADIOPHONIQUES

BIERUT (Michael), Movie Typefaces, 23/03/2002 http://www.studio360.org/arch.real.html

FATTEBERT (Catherine), Les génériques de films, Suisse, 2005, 40 min.
http://real.xobix.ch/ramgen/rsr/aod_2005/
espace2/dare-dare/dar-20051026-1234.rm

TYLSKI (A.), Générique & Cinéma, France, 2006, 60 min.
http://www.cadrage.net/radio.html

L'AUTEUR

Alexandre TYLSKI enseigne le générique de film à l'ESAV (Ecole Supérieure d'Audio Visuel), il est directeur de la rédaction de la revue Cadrage, chercheur au LARA (Laboratoire de Recherches en Audiovisuel de l'Université Toulouse II) et membre du SFCC Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

IMAGES COPYRIGHT

Dans l'ordre d'apparition: images tirées du générique de Saul Bass pour le film Seconds réalisé par John .Frankenheimer, 1966, de Way Down East de D.W Griffith, Charade de S.Donnen (générique de Maurice Binder) et She Hate Me de S.Lee (2004) (générique de Randy Balsmeyer). Ces images appartiennent à leur propriétaires respectifs.

ARTICLE COPYRIGHT

Ce texte appartient à Alexandre Tylski/Cadrage Arkhom'e 2005 / ISSN 1776-2928. Tous droits réservés. Pour toute utilisation, nous contacter: administration@cadrage.net







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Ci-dessus:
Image tirée du générique de Saul Bass pour le film Seconds réalisé par John Frankenheimer, 1966.

Ci-contre:
Images tirées de Way Down East de D.W Griffith, Charade de S.Donnen (générique de Maurice Binder) et She Hate Me de S.Lee (2004) (générique de Randy Balsmeyer).