ORIGINES DU GENERIQUE

par Michel François, pionnier français du générique
Texte inédit paru en Août 2007 sur Générique & Cinéma

Au début était le cinéma muet, il fallait donc commenter les images afin que le public puisse comprendre leur signification. Les « cartons » s'interposaient entre de petites séquences. Au début de chaque film, des cartons donnaient des indications sur l'interprétation. Les acteurs étaient à 100%, les secondaires à 50% et les techniciens à 25%. Ce furent les premiers « génériques ». Les cartons, lettres blanches sur fond noir, étaient filmés par es caméras image par image afin d'en connaître les longueurs précises. Cela dura un certain nombre d'années. Puis vint le son. Les cartons intermédiaires disparurent et seuls restèrent les « génériques » dont l'apparition fut plus ou moins rythmée par la musique.

Sacha Guitry inventa le « générique » parlé. Il présentait lui-même les acteurs et les techniciens. Le « générique » était alors remplacé par l'auteur qui présentait son film.

La technique se compliqua avec l'apparition du banc-titre. Cette machine permettait des mouvements dans les trois axes. La caméra permettait les travellings avant et arrière avec mise au point automatique et le plateau sur lequel était fixé le titre pouvait avoir des mouvements latéraux et verticaux. À l'époque, les commandes (des manivelles) étaient manuelles et afin de garder le « rythme » pour qu'il n'y ait pas de soubresauts, jusqu'à la première automatisation par des petits moteurs « pas à pas » qui firent leur apparition avec les premiers ordinateurs vers 1980, les techniciens s'accompagnaient vocalement en chantant « Sambre et Meuse ».

Parallèlement fut inventée par les Français et les Américains : la « truca », première machine donnant la possibilité de faire les truquages. Comme les « bancs-titres », cet appareil était composée d'une caméra effectuant les « travellings » et d'un projecteur avec lanterne incorporée permettant le défilement d'une pellicule, image de la scène à reproduire par la caméra afin d'obtenir un contretype. Cette mécanique commençait à être très sophistiquée. La pellicule vierge défilant dans la caméra était contrôlée par un « batteur » à contre-griffe afin d'en assurer la fixité indispensable dans ce genre de travail. Le même « batteur » équipait le projecteur de la pellicule positive pour la même raison.



Apparaît alors le titrage en « surimpression ».

Le principe consistait d'abord à photographier l'image positive de la scène, puis, passant une pellicule « titre », lettres blanches transparentes sur fond noir, de surexposer le négatif dans la caméra afin d'effacer l'image à l'emplacement des lettres et permettre la lecture du titre en lettres blanches.

Peu à peu, les manipulations furent remplacées par une automatisation commandée par ordinateur afin d'assurer le synchronisme des mouvements et ainsi éviter toute saccade dans le résultat final.

Puis vint la couleur fonctionnant à peu de choses près sur le même principe.

Il devenait évident que le « générique » était de plus en plus créatif, faisant partie intégrante de la présentation artistique du film telle l'ouverture d'un opéra.

Des créateurs de talent firent alors leur apparition et complétèrent la technique. Il n'y eut plus de limites à l'imagination et des artistes prirent la place des techniciens, créant des « génériques » très complexes dont l'animation des titres accompagnait les images.

Parmi les premiers de ces « génériques » on peut citer celui du film «  La panthère rose ainsi que ceux de nombreux «  James Bond » dont les Américains Saul Bass et Maurice Binder furent les inventeurs.

En France, Jean Fouchet fut un remarquable créateur de « génériques » et je suis heureux de lui avoir succédé dans cette voie. Ce furent alors mes premiers « génériques » en solarisation pour Claude Sautet, Francis Girod, Henri Verneuil, Pierre Granier-Deferre et beaucoup d'autres réalisateurs.

Dans les années 1980, je m'étais particulièrement intéressé à l'image de synthèse entièrement créée par ordinateur. Ce furent les débuts en France de cette technique qui donnait la possibilité de faire des images de plus en plus sophistiquées. J'ai alors inventé des machines permettant la reproduction des images par « truca numérique ». À ce stade, il n'y eut plus de limites à la création et à la réalisation d'effets spéciaux dont nous voyons le résultat tant en France qu'en Amérique.
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L'AUTEUR


Michel François Avec J.Fouchet, T.Topin et M.Saignes, Michel François est un des pionniers français du générique cinématographique (il en aurait réalisé plus de 2000!) avec la société Les Films Michel François. Il a par ailleurs conçu plus de 500 bandes-annonces (deux fois primées à Cannes). Il a par ailleurs produit et réalisé le DVD "Les secrets de Toutankhamon". Il a créé des génériques pour des cinéastes tels que Claude Sautet, Henri Verneuil, Francis Girod, Louis Malle, Jean-Pierre Mocky ou encore Joseph Losey. Il travaille aujourd'hui avec sa nouvelle société, Dovida Prod.

LIENS UTILES

DVD Michel François (+ Bio)
http://www.editionsmontparnasse.fr/
toutankhamon/realisateur.php


GENERIQUE & CINEMA, Michel François
http://www.generique-cinema.net/createurs/francois.html


COPYRIGHT

Article écrit par M.François en Août 2007
© Cadrage/Arkhome ISSN 1776-2928. Tous droits réservés. Pour toute utilisation: administration@cadrage.net







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Ci-dessus:
Michel François.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-contre:
Image d'une Truca