Entretien avec Richard Morrison (inédit)
/ Créateur européen de génériques
de films

par Alexandre Tylski

Richard Morrison est un créateur de génériques né au Royaume Uni. Il a travaillé avec quelques cinéastes européens importants tels que David Lean, Jean-Jacques Annaud et Bernardo Bertolucci. Il donne par ailleurs régulièrement des conférences intitulées « Pencil to Pixel », dont l’an prochain à Prague (plus d’informations ici www.euro-study-tours.co.uk). En dépit de son calendrier chargé, il a eu la gentillesse de répondre à quelques unes de nos questions.

Alexandre Tylski : Comment avez-vous débuté ?

Richard Morrison : « J’ai quitté l’école à 15 ans puis je suis entré au Amersham Art College pour étudier les beaux arts, la photographie et le design graphique, et il n’y avait pas forcément de débouchés à cette époque… »

AT : Quelles ont été ou quelles sont vos influences ?

RM : « Les influences changent selon les expériences de la vie, mais parmi mes quelques influences durables, je citerai Luis Bunuel, John Coltrane, Man Ray, Saul Bass, et aujourd’hui Tracey Emin et Eckhart Tolle, auteur et père spirituel. »

AT : Quel est votre lien avec des cinéastes tels que Joffé, Bertolucci, Annaud, Lean ?

RM : « Il y a tant de confiance engagée dans la fabrication des films… Tous les cinéastes que vous citez m’ont fait confiance pour leur livrer des génériques qui correspondent à leurs valeurs artistiques et émotionnelles. »

AT : Mais comment se déroule le travail avec des cinéastes emblématiques tels que Jean-Jacques Annaud ou David Lean ?

RM : « Travailler avec Jean-Jacques Annaud c’est comme s’il vous confiait une part de son âme dont il vous faut prendre soin. Et je dois respecter et comprendre tout le sérieux de ce don-là. Mais David Lean, c’est plutôt l’opposé, il était un cinéaste très précis sur ses envies, alors il me fallait écouter très attentivement ses demandes. »

AT : Y’a-t-il des génériques qui vous ont posé problème ?

RM : « Il n’y a jamais eu de génériques difficiles à créer, bien que des difficultés peuvent naître, comme dans n’importe quelle autre situation où doit coexister un certain nombre de personnalités et de caractères engagés dans le processus. »

AT : A ce titre, comment se déroule le processus de fabrication d’un générique ?

RM : « J’aime tout d’abord lire le scénario du film, puis rencontrer le réalisateur après avoir vu un premier assemblage du film, cela me permet de commencer à visualiser des idées pour le générique. Ensuite vient le moment du story-board avec des indications de mouvement et l’inscription des titres, souvent en noir et blanc (afin que le réalisateur puisse cerner l’idée globale sans être gêné par trop de sources de couleurs). Lorsque nous nous sommes mis d’accord, ma petite équipe et moi-même débutons la production du générique proprement dit. De la musique y est alors ajoutée de façon brute. Et quand le générique est prêt, le mixage musical final est ensuite intégré. »

AT : Combien de temps cela vous prend-il en général ?

RM : « Le temps global que je passe sur un film peut varier de trois semaines à quatre mois. Mais il n’y a pas de règles établies lorsqu’il s’agit d’idées et de personnes, ce sont surtout les contraintes financières et les « dead line » qui décident à votre place. »

AT : Quel est votre point de vue sur les génériques actuels ?

RM : « Etant donné que le marché du film et les lois actuelles exigent d’augmenter les « credits » des génériques, il est préférable que ce « lieu » finalement un peu bête soit une introduction positive et visuelle pour le film. Je crois qu’il est possible dans les génériques d’ouverture de projeter un avant-goût symbolique du récit à venir, et de créer une atmosphère prenante qui peut permettre au film de démarrer à un plus haut niveau. »

AT : Pensez-vous que l’on puisse considérer les génériques comme des œuvres d’art ?

RM : « Si vous me demandez si certains génériques sont des œuvres d’art, je vous répondrais oui, à condition que le générique fonctionne comme un tout. Mais n’oublions pas que le concept d’« œuvre d’art » reste très personnel ! »

Remerciements: Jane Stollery (Fig Productions)
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L'AUTEUR


Alexandre TYLSKI enseigne le générique de film à l'ESAV (Ecole Supérieure d'Audio Visuel), il est directeur de la rédaction de la revue Cadrage, chercheur au LARA (Laboratoire de Recherches en Audiovisuel de l'Université Toulouse II) et membre du SFCC Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

COPYRIGHT

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Alexandre Tylski en novembre 2005
© Cadrage/Arkhome ISSN 1776-2928. Tous droits réservés. Pour toute demande d'utilisation: administration@cadrage.net







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Ci-dessus:
Image tirée du générique signé par
Richard Morrison pour The Dreamers
de Bernardo Bertolucci, Peninsula &
RPC Dreamers Ltd, 2003.